Oeuvres Ouvertes

depuis 2000

Le Chenil (33)

...

Il arrivait qu’au lieu de lire la lettre elle me la tende comme si elle voulait que je la lise moi-même, mais dès que je m’approchais elle l’éloignait pour m’empêcher de la lire (alors qu’elle m’était adressée, c’était à moi que le Conseil avait écrit et non à elle), je pouvais tout de même distinguer ces quelques mots sur l’en-tête en caractères plus grands : Gestion de l’errance animale, c’est tout ce que j’arrivais à lire de la lettre que la mère était allée chercher dans la boîte aux lettres et qu’elle me tendait en exultant, tu es convoqué demain au Conseil, tu es convoqué demain au Conseil l’entendais-je répéter de sa petite voix sèche tout à coup hystérique, qu’est-ce que tu vas mettre ? entendais-je encore, incapable de répondre à cette question tellement les mots gestion de l’errance animale résonnaient en moi, un jean et un tee-shirt comme d’hab pensais-je n’ayant rien d’autre à porter ne portant rien d’autre et ne souhaitant porter rien d’autre, incapable de parler ni même de regarder la mère qui exultait dans la cuisine, oui, un jean et un tee-shirt comme d’hab pensais-je tandis que les mots gestion de l’errance animale ne s’éteignaient pas continuaient à brûler dans ma cervelle premier feu du chenil au loin les aboiements la puanteur des chiens déjà mais la mère continuait à exulter et tournée vers moi tendant la lettre demandait alors qu’est-ce que tu vas mettre ? Je ne répondais pas à la mère restais muet incapable de dire un mot lisant encore gestion de l’errance animale dans l’en-tête de la lettre que la mère me tendait un peu plus longuement avant de me la retirer des yeux, puis juste au-dessus en plus gros service des déchets, me demandais si la gestion de l’errance animale dépendait directement du service des déchets, si la gestion de l’errance animale était un bureau rattaché directement au service des déchets, ce qui semblait être le cas, me demandais également si ce bureau avait été récemment créé par le Conseil pour résoudre le problème des chiens (ce que me confirma Ivan les jours suivants), je restais immobile devant la mère, incapable de faire un geste de dire un mot tandis que la mère elle ne cessait de parler, se réjouissant que j’aie enfin un emploi et surtout que j’aille travailler au chenil, se moquant complètement des mots gestion de l’errance animale, bureau rattaché au service des déchets, mots qui à eux seuls ouvraient le tunnel menant jusqu’à eux, à la cave disait soudain la mère, à la cave ne cessait-elle de me répéter et déjà elle ouvrait la porte me poussant dans les escaliers d’un grand coup de poing dans le dos.



Page suivante
Lire depuis le début
Lire la présentation.
Lire le récit dans la webliothèque
L’auteur

Première mise en ligne le 1er octobre 2014

© Laurent Margantin _ 27 juin 2016

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

  • Lien hypertexte

    (Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)