Oeuvres Ouvertes

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Le Chenil (38)

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Dans la scène suivante j’étais dans une vaste galerie où je pouvais me tenir debout, à vrai dire j’avais eu du mal à me redresser après toutes ces heures (tous ces jours ?) dans le boyau, mes genoux me faisaient souffrir et tout en courant j’essayais de me les frotter ce qui me faisait tituber, comme il y avait quelques lampes au plafond je devinais des silhouettes d’hommes autour de moi, je courais n’ayant pas d’autre choix car dans la galerie tout le monde courait, sans doute le boyau s’était-il achevé latéralement sur cette galerie et j’étais tombé au milieu de ces hommes je ne me souvenais plus, le peu de lumière venant du plafond me permettait de voir que j’étais couvert de terre ce qui me faisait bien sûr honte mais je regardais autour de moi et voyais que les autres étaient aussi sales, de quels boyaux étaient-ils sortis et y avait-il tant de boyaux sous la ville, mais en regardant les autres je vacillais et me cognais à certains d’entre eux qui me donnaient de grands coups de coude en grognant et manquaient me faire tomber, ça puait dans cette galerie ça sentait l’animal le chien oui pas de doute ça sentait le chien comme dans ma chambre chez la mère depuis que les chiens venaient chaque nuit, pourtant j’avais beau regarder autour de moi tout en faisant attention de ne pas tomber et surtout de ne pas prendre des coups des autres autour de moi je ne voyais pas de chiens que des hommes dont je ne pouvais pas distinguer les visages à cause du peu de lumière, sauf à certains instants où nous passions sous une lampe alors je redressais et tournais la tête vers ma gauche ou ma droite et découvrais non pas des visages mais des gueules, ces hommes avaient des corps d’homme et des gueules de chien bien carnassières, ou était-ce moi qui rêvais (bien sûr c’était moi qui rêvais, me disais-je aussitôt), et à la prochaine lampe je tournais la tête et voyais que l’autre à côté avait bel et bien une gueule de chien avec un museau et de la bave qui coulait sur les côtés cela ne faisait aucun doute, je voyais aussi qu’il tenait une laisse à la main, une laisse à laquelle était attaché l’homme devant lui auquel il lui arrivait de donner de grands coups de pied au cul pour qu’il avance plus vite, chaque homme à gueule de chien dans la galerie avait son chien à corps d’homme, des gueules sortaient parfois des mots à peine articulés, certains se servaient de cannes pour frapper leur chien à corps d’homme qui courait donc devant eux sur deux jambes, la course dans la galerie était interminable et moi qui avais passé tellement de temps dans le boyau à ramper puis à marcher sur quatre pattes je n’en pouvais plus, je tombais puis me relevais vite après m’être fait marcher dessus par la foule, on me gueulait dessus, on me donnait des coups de canne dans l’ombre, toujours plus de coups de canne et de coups de pied dans le cul pour que j’avance, puis sous une lampe le moment arrivait enfin où un homme venait vers moi pour me mettre mon collier, m’attacher à sa laisse et me gueuler dessus encore plus fort pour que je continue à avancer dans cette galerie qui n’en finissait pas.



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L’auteur

Première mise en ligne le 7 octobre 2014

© Laurent Margantin _ 27 juin 2016

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