Éditions Œuvres ouvertes

Le Chenil (44)

...

Je cherchais d’où venait cette puanteur si elle était portée par le vent mais en me redressant je constatais qu’aucune feuille ne bougeait autour de moi qu’il n’y avait pas un souffle de vent, pourtant l’odeur était partout dans l’air mais très haut dans l’air dans le ciel flottant au-dessus de la colline comme une terrible menace, je regardais le ciel à travers les branches et voyais qu’il était sale oui le ciel était sale non pas gris mais sale comme chargé de la puanteur qui régnait sur la colline, en regardant mieux autour de moi je voyais de petites particules noires qui flottaient dans l’air infimes particules que j’essayais d’attraper mais elles s’évanouissaient sur les doigts à peine attrapées, du ciel sale neigeaient continuellement ces infimes particules noires qui se déposaient sur le sol sur les feuilles sur les branches et les imprégnaient de leur odeur, moi-même j’étais déjà couvert et imprégné de ces particules presque invisibles mais que je distinguais de mieux en mieux, je devais même en avaler en inhaler et ainsi la puanteur pénétrait en moi se mêlait à moi imprégnait tout mon corps, si bien que dès ce premier jour avant même d’arriver au chenil je puais, non seulement mes vêtements mais tout mon corps que j’avais eu beau laver et relaver le premier soir, en vain, la puanteur était en moi à présent, le ciel sale de la colline avait pénétré en moi sous la forme de ces particules qui flottaient partout dans l’air, puanteur qui m’avait évidemment dégoûté dès ce premier jour et comment avais-je fait d’ailleurs pour ne pas gerber ce premier jour ne gerbant que quelques jours plus tard le jour le plus atroce de la semaine au chenil le dernier jour de la semaine ? Je sentais ces particules se dissoudre sur ma langue dans ma gorge dans mes bronches, je les sentais se mêler à ma salive à mon sang, la puanteur du chenil se diffusait dans tout mon corps l’envahissait comme un virus s’en emparait, aurais-je pu encore y échapper quitter la colline quitter ces lieux ou bien étais-je déjà contaminé condamné, n’avais-je pas d’autre choix que d’aller au chenil, cette puanteur qui habitait qui imprégnait tout mon corps n’était-ce pas en moi le chenil, si bien qu’en vérité je n’avais pas à aller au chenil il était déjà en moi circulant dans mes veines dans mes nerfs s’étendant s’élevant cage après cage dans mon cerveau avec tous ces animaux qu’on y enfermait semaine après semaine qu’on y ..., cette puanteur entrée en moi c’était le chenil il n’était pas hors de moi je n’avais pas à le rejoindre il était en moi je le portais et je n’avais plus qu’à fermer les yeux quelques minutes pour y entrer pour m’y déplacer et pour y sombrer avec tous les animaux que j’étais censé soigner.



Page suivante
Lire depuis le début
Lire la présentation.
Lire le récit dans la webliothèque
L’auteur

Première mise en ligne le 14 octobre 2014

© Laurent Margantin _ 15 juillet 2016

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

  • Lien hypertexte

    (Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)