Oeuvres Ouvertes

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Le Chenil (45)

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En cherchant des traces du père traces anciennes et disparues je m’étais éloigné du sentier et du chenil, je m’étais enfoncé dans la forêt et n’avais même pas vu le mur d’enceinte du chenil que je voyais à présent en moi, j’avais dû renifler les particules sans m’en rendre compte et déjà je commençais à voir le chenil avant d’y être, il avait suffi que j’ouvre les yeux sur le dedans sous l’effet de la puanteur qui m’habitait à présent, il me suffisait d’ouvrir les yeux sur le dedans pour voir le chenil, pour longer son mur d’enceinte avant de rejoindre l’entrée principale ouverte ce matin-là, les cages vides étaient là devant moi, alignées, pleines de merde, je m’avançais dans le chenil qui me semblait désert et comptais une bonne cinquantaine de cages disposées sur deux ou trois rangées, chaque cage couverte d’un toit qui protégeait les animaux de la pluie et de la neige mais pas du vent qui devait souffler fort sur ce versant de la colline, on était apparemment dans une clairière au milieu d’une forêt de sapins, personne, personne et aucun chien quels chiens avais-je donc entendu gueuler en montant sur la colline, tout ça, le chenil et les alentours je les voyais en ouvrant simplement les yeux sur le dedans, sur mon corps contaminé par les innombrables particules descendues du ciel que j’avais reniflées avalées et qui à présent s’étaient mélangées à mon sang à ma chair et me faisaient voir le chenil sans y être encore.
Alors que je passais devant les cages ouvertes un nom me venait à l’esprit un nom d’une seule syllabe que j’avais déjà entendu chez la Conseillère parmi toutes les bribes de phrases de mots, je l’avais oublié et maintenant il me revenait, c’était Krumm, le nom Krumm me revenait alors que je passais devant les cages ouvertes au milieu du chenil désert, Krumm devait être dans le coin pensais-je instinctivement, Krumm que je ne connaissais pas que je n’avais jamais vu devait être caché quelque part dans le chenil me disais-je, comme si j’avais déjà connu Krumm comme si j’avais déjà été dans le chenil alors que j’étais à quelques centaines de mètres de là au milieu de la forêt les yeux ouverts sur le dedans sur le chenil que je portais désormais en moi avec toute sa puanteur animale qui maintenant que je marchais devant les cages et découvrais le chenil était devenue insupportable, comme dans la forêt je cherchais de la viande en putréfaction dans un coin caché du chenil en vain car à part la merde à l’intérieur des cages qui n’avaient pas été nettoyées je ne voyais aucun cadavre rien qui puisse suggérer le pourrissement d’un corps de chien, non l’odeur de charogne était dans l’air était en moi était partout, je ne pouvais y échapper je ne pouvais plus lui échapper et le nom Krumm qui revenait et la présence de Krumm caché quelque part dans le chenil qui était une évidence pour moi depuis que j’étais entré, Krumm était là et m’observait, Krumm allait surgir de derrière une cage, et sans m’en rendre compte j’appelais Krumm mais à voix très basse si bien que s’il était là Krumm ne pouvait pas m’entendre.



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L’auteur

Première mise en ligne le 15 octobre 2014

© Laurent Margantin _ 15 juillet 2016

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