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Oeuvres Ouvertes : Victor Segalen, Equipée

Oeuvres Ouvertes

depuis 2000

Victor Segalen, Equipée

en accès libre dans la webliothèque, préface d’Auxeméry

Victor Segalen a recherché l’épuisement.
Il ne l’a pas voulu, mais recherché. On ne veut pas sa propre mort, et Segalen n’était certes pas le genre d’homme à avoir voulu mourir : certains défendent la thèse du suicide, à Huelgoat, le livre de Hamlet à la main, le pied sanglant ; d’autres en tiennent toujours pour l’accident pur et simple… Qu’importe, au fond ! Segalen était allé jusqu’où il devait aller : il avait parcouru, il avait examiné, il avait lu, et connu, et aux lointains, s’était rendu à soi. Il fallait revenir. Il fallait mourir, aussi. C’est dans l’ordre. Mais vouloir mourir ? Non. Une mélancolie tenace expliquerait-elle ? Le livre à la main indiquerait plutôt que la quête n’était toujours pas achevée.
À peu d’êtres vivants comme lui, la formule d’Héraclite ne se sera mieux accordée comme on accorde un instrument de musique, ou, pour le dire de façon plus sensiblement sensée, n’aura mieux été accordée à sa complexion : ἐδιζησάμην ἑμεαυτόν « je me suis exploré ». C’est le la de toute l’entreprise, ce désir d’achever l’exploration de soi, ce qui fait que le pas engage, que le rythme soutient, que le poème tient. Et c’est, au finale, quand la respiration devient courte et que le corps du marcheur a tout redonné de ce qui lui avait été accordé, le constat que cela a eu lieu, et c’est la formule qui clôt le débat de soi avec le monde, comme un soupir clôt l’ère d’un bonheur enfin acquis. Une musique s’arrête ; un être a vécu.
La beauté tragique du monde, et le dérisoire admirable de l’humain, étaient sans aucun doute à ses yeux des raisons suffisantes de vouloir vivre, afin de rédiger le poème de cette aride richesse de la vie. Mais enfin, au dernier retour de Chine, il a connu que son corps lui échappait ; il a su que la fatigue prenait le dessus (sa correspondance en fait foi) ; il est revenu mourir, en effet, en son pays d’origine. Dans la forêt des enchantements. Cela avait eu lieu. Certains encore parlent de failles secrètes. Oui, à chacun ses gouffres.
Et à chacun ses forces. Segalen n’a jamais manqué de celle-ci : savoir prendre le chemin, et tenir ce qu’on s’est promis. Ayant tenu, il pouvait se laisser disparaître.

Auxeméry

© Laurent Margantin _ 10 octobre 2014

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