Oeuvres Ouvertes

depuis 2000

Le Chenil (49)

...

Me voyait-il d’ailleurs, de là où il était posté ? Car il était posté ou plutôt caché quelque part, peut-être derrière un des sapins dans la forêt qui surplombait le chenil, sans doute avait-il une paire de jumelles et il m’observait, contrôlant si j’obéissais déjà à sa voix, il savait mon nom, sans doute l’avait-il appris directement de la mère car il était clair que la mère l’avait appelé et lui avait parlé de moi après avoir parlé de moi à la Conseillère, ainsi savait-il que j’existais mais malgré ça j’étais fondu dans le on de son premier ordre et de tous ceux qui allaient suivre, je n’avais pas d’identité réelle, j’étais juste une silhouette vue de loin qui se déplaçait dans le chenil et dont on attendait qu’elle obéisse et ne pose pas de questions, alors qu’allait-il se passer maintenant que je m’en posais et voulais en poser à propos des chiens disparus et de la saleté extrême des lieux, et si je les posais est-ce que Krumm allait me répondre ?
J’ignorais alors que Krumm ne répondait à aucune question, qu’il n’écoutait même pas ce qu’on lui disait car à peine avait-il donné l’ordre qu’il avait à donner qu’il était disparu, on ne savait jamais exactement où il se trouvait d’où il nous observait même si ce premier jour au chenil j’avais cru voir sa silhouette se faufiler d’un arbre à l’autre dans la forêt de sapins au-dessus ou bien passer à la fenêtre de son bureau tandis que je nettoyais les cages, car j’avais commencé à nettoyer les cages ne pouvant questionner Krumm sur la disparition des chiens, j’avais commencé à nettoyer les cages craignant la colère de Krumm dès ce premier jour, j’avais d’abord pris le seau et le remplissais de merde à l’aide d’une pelle, puis une fois qu’il était rempli j’allais jusqu’au terrain un peu plus bas où j’avais creusé une large fosse et y déversais le contenu du seau, cela dura des heures combien je ne sais pas exactement n’ayant pas de montre le ciel sale toujours plus sale au fil de la journée à midi il semblait noir comme la merde que je déversais à un bon rythme dans la fosse que j’avais creusée pressé d’en finir de pouvoir passer à l’étape suivante soit le nettoyage des cages à grands jets d’eau, jus sombre qui coulait sur le béton et filait dans les rigoles le long des cages, jus sombre qui était finalement la dernière trace des chiens enfermés, jus sombre que buvait la terre sèche plus bas.



Page suivante
Lire depuis le début
Lire la présentation.
Lire le récit dans la webliothèque
L’auteur

Première mise en ligne le 20 octobre 2014

© Laurent Margantin _ 15 juillet 2016

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

  • Lien hypertexte

    (Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)