Oeuvres Ouvertes

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Le Chenil (51)

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En nettoyant les cages je me demandais ainsi d’où venaient les aboiements les jappements que j’avais entendus pendant que je montais sur la colline puisque ce lundi matin les chiens avaient déjà disparu comme c’était le cas tous les lundis matins (je ne le savais pas alors mais le chenil était vidé chaque fin de semaine et il fallait attendre le lundi midi pour que le camion de la fourrière débarque avec son nouveau chargement de chiens capturés pendant la nuit), je me demandais comment j’avais pu entendre les chiens dans le chenil alors qu’il avaient déjà disparu liquidés deux jours auparavant et me disais que j’avais pourtant bien entendu les clebs (c’était le mot employé par Jaspers qui débarquait chaque lundi midi avec son nouveau chargement de chiens), m’expliquant alors ce phénomène par le fait que depuis des mois j’entendais des chiens aboyer chaque nuit dans les rues et que leurs aboiements nocturnes étaient donc présents en moi depuis longtemps, qu’il avait suffi que je m’approche du chenil pour les entendre paniqués d’avoir été capturés en pleine nuit transportés dans le camion de la fourrière et déchargés au chenil comme si j’avais été à côté d’eux dans le camion effrayé avec eux, que j’étais donc l’un des leurs enfermé dans une cage nettoyant leur merde avec une pelle et un seau enterrant leur merde dans une fosse un peu plus loin mais tout de même l’un des leurs un chien qu’on allait liquider comme les autres un chien que la mère avait envoyé au chenil pour que Krumm se charge de le liquider, oui, cela ne faisait aucun doute j’étais parmi les chiens qui aboyaient dans le camion de la fourrière qui débarquait ce lundi midi au chenil et j’étais terrorisé à l’idée de finir en cage avant d’être liquidé malgré le fait que j’avais obéi que j’avais nettoyé les cages comme Krumm me l’avait ordonné après avoir certes un peu hésité, mais si peu.
J’avais été capturé devant chez moi, la mère m’avait foutu dehors en pleine nuit pour quelle raison je ne me souviens plus, à peine étais-je dans la rue que je recevais plusieurs coups de bâton sur le crâne et qu’un type m’attrapait par le cou, me traînait sur quelques mètres avant de me balancer dans une cage à l’intérieur d’un fourgon où il y avait déjà d’autres chiens qui gueulaient je sentais leur haleine alors qu’allongé par terre je me remettais des coups de bâton sur le crâne la gueule ensanglantée et essayais de regarder les autres chiens autour de moi, comment avais-je pu me laisser attraper si facilement et pourquoi la mère m’avait-elle foutu dehors à cette heure de la nuit justement au moment où Jaspers et Kerl passaient dans la rue, sonné dans la cage secoué par les cahots du camion j’étais sûr que la mère avait appelé la fourrière et m’avait livré à eux, oui, il n’y avait pas d’autre explication, elle m’avait foutu dehors en sachant que Jaspers et Kerl me captureraient et m’emporteraient au chenil pour que j’y sois liquidé. Ou bien j’avais simplement sorti les poubelles comme je faisais chaque soir, un peu plus loin sur le trottoir j’avais vu une cage ouverte et je m’étais approché, à l’intérieur il y avait une charogne dont l’odeur m’avait attiré et je n’avais eu qu’une envie c’était de pouvoir me rouler dessus de m’imprégner de cette odeur comme faisaient les chiens qui me rendaient visite chaque nuit, sans me méfier sans regarder autour de moi aveuglé par mon désir de puanteur j’étais entré à l’intérieur de la cage qui s’était refermée sur moi, soudain les phares du camion de la fourrière garé à quelques mètres de là s’étaient allumés m’éblouissant, deux silhouettes dont une massive celle de Jaspers s’étaient approchées et avaient soulevé la cage avant de la jeter dans le camion ou d’autres chiens gueulaient dans le noir et moi aussitôt avec eux, me jetant d’un côté à l’autre de la cage, furieux, agressif, prêt à attaquer le premier chien le premier homme venu.



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L’auteur

Première mise en ligne le 22 octobre 2014

© Laurent Margantin _ 15 juillet 2016

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