Éditions Œuvres ouvertes

Le Chenil (57)

...

Les premiers jours je n’avais cessé d’entendre la voix de Krumm sans jamais le voir sinon une silhouette à l’entrée du chenil qui se glissait aussitôt dans son bureau et apparaissait à certains moments à la fenêtre comme s’il surveillait ce que je faisais, il venait en général après le départ de Jaspers et Kerl mais vu que j’étais dans une des cages en train de nourrir les bêtes tout à coup silencieuses parce qu’elles avaient senti la présence de Krumm dans le chenil je n’apercevais qu’une silhouette lointaine et fuyante, je n’avais jamais vu le visage de Krumm qui semblait être de petite taille et avoir toujours le même parka bleu foncé sur le dos, j’avais pensé me présenter à lui mais j’y avais renoncé puisqu’il me connaissait déjà m’avait donné les quelques ordres utiles à mon travail quotidien au chenil (soit nettoyer les cages, aider à transférer les chiens dans leur cage le premier jour et ensuite les nourrir et les abreuver, ce qui m’occupait une bonne partie de la journée), malgré tout je me demandais quand j’allais m’approcher enfin de Krumm peut-être lui serrer la main et surtout voir son visage peut-être le regarder dans les yeux ce qui me paraissait inimaginable, oui j’attendais même ce moment doutant à vrai dire qu’il vienne un jour comme si Krumm qui n’était qu’à une cinquantaine de mètres de moi dans son bureau à l’entrée du chenil existait dans une autre sphère que je ne pourrais jamais rejoindre, à moins peut-être de ramper encore pendant des jours et des nuits dans une galerie souterraine comme j’avais fait pour accéder à la Conseillère. Je passais donc une partie de la journée à épier ce qui se passait dans le bureau de Krumm dans l’attente d’un signe qui viendrait de la fenêtre pour m’inviter à venir le voir, un soir de la première semaine j’étais allé boire un verre avec Ivan mais trop pris par la puanteur du chenil j’avais à peine évoqué Krumm, pourtant Ivan connaissait tout le monde en ville et il aurait certainement pu me renseigner sur le personnage, au lieu de ça je l’écoutais parler du cimetière et de son nouveau job de croque-mort que j’avais fini par lui envier, qui était Krumm, allais-je frapper à la porte du bureau pour un motif dérisoire et ouvrirait-il, et s’il ouvrait saurais-je seulement lui parler tellement j’étais déjà habitué à l’écouter sans jamais avoir à lui répondre quoi que ce soit, pendant que je travaillais toutes ces questions revenaient et comme je n’avais pas de réponse je continuais à travailler en me les posant, puis un matin de la première semaine, sans doute le jeudi, Jaspers vint me voir pour me dire qu’on était convoqués tous les trois chez le chef, oui c’était le jeudi ça ne pouvait être qu’un jeudi qu’avait eu lieu cette "réunion" dans le bureau de Krumm car comme je l’appris ce jour-là justement c’était le lendemain qu’on devait liquider les chiens, même si au chenil on ne disait jamais liquider comme disaient les vieux en ville mais endormir ou encore nettoyer, ce qui facilitait le travail.



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L’auteur

Première mise en ligne le 29 octobre 2014

© Laurent Margantin _ 15 juillet 2016

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