Œuvres ouvertes

Le Chenil (60)

...

Depuis que je travaillais au chenil je faisais chaque nuit ce même rêve violent (ou plutôt c’était une séquence d’un rêve violent plus long encore qui débutait avec ma capture par Jaspers devant chez moi) : les gardiens passaient et repassaient devant ma cage traînant ou portant un chien, je me jetais contre les grilles en aboyant pour attirer leur attention en espérant qu’ils se rendraient compte qu’ils avaient commis une erreur en m’enfermant ici mais ils passaient sans me remarquer car autour d’eux tous les chiens gueulaient et se jetaient contre les grilles de leur cage, je les regardais alors se diriger vers le bâtiment situé au fond du chenil dont la porte était exceptionnellement ouverte, j’apercevais une table dans la pièce où l’on posait le chien puis la porte se refermait et je me disais que ça allait être mon tour que les gardiens allaient sortir du bâtiment et se diriger vers ma cage mais ils passaient à nouveau devant moi, attrapaient un autre chien dans une autre cage et quand ils revenaient je me jetais plus violemment contre les grilles en aboyant plus fort mais encore une fois ils continuaient à marcher sans faire attention à moi, rouvraient la porte du bâtiment situé au fond du chenil, j’apercevais à nouveau la table où l’on posait le chien puis la porte se refermait. Le va-et-vient des gardiens durait plusieurs heures jusqu’à ce que toutes les cages soient vides hormis la mienne dont j’étais le dernier prisonnier, je rêvais alors que les gardiens venaient enfin me chercher (ce que j’avais fini par espérer, n’en pouvant plus d’attendre et de m’angoisser à propos de ce qui se passait dans le bâtiment), il n’y avait plus aucun bruit dans le chenil et la mère qui était dans sa chambre m’avait certainement entendu gémir pendant mon sommeil car elle s’était assise à côté du lit ne pouvant s’empêcher de me labourer un bras de ses griffes, ce qui me faisait gémir un peu plus alors que les gardiens étaient entrés dans la cage et s’étaient mis à tirer sur ma laisse pour m’attraper (je m’étais en effet blotti tout au fond de ma niche et m’accrochais au sol en béton, en vain bien sûr, me sentant déjà glisser hors de la niche), tu vas venir saleté hurlait un gardien tandis que j’essayais de le mordre, sans succès n’ayant que très peu d’expérience dans ce domaine, puis il me donnait une série de coups de pied dans les côtes suite auxquels je m’effondrais évanoui, pendant que la mère de son côté continuait à me labourer un bras de ses griffes qu’elle enfonçait de plus en plus dans ma chair (il me semblait l’entendre murmurer dors mon chéri — qui se transformait en dors mon chien — mais sans doute était-ce les gardiens qui échangeaient quelques mots en me portant dans le bâtiment que j’avais observé toute la journée), une fois à l’intérieur je reprenais mes esprits tout était blanc la lumière le plafond la blouse du type à la table la seringue dressée devant mes yeux qu’on m’enfonçait dans une cuisse le long sommeil qui commençait la mère à côté de moi quand je me réveillais en hurlant surpris tout à coup de ne plus aboyer mais de pouvoir hurler les griffes de la mère ensanglantées dressées prêtes à tuer, le chenil tout à coup absolument silencieux et désert.



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L’auteur

Première mise en ligne le 1er novembre 2014

© Laurent Margantin _ 15 juillet 2016

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