Oeuvres Ouvertes

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Le Chenil (65)

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A l’intérieur le véto avait repris sa mallette vide et était sorti sans un mot sans un regard tête penchée pressé de rentrer chez lui pour déjeuner, de l’autre côté Jaspers et Kerl avaient trié les chiens et les avaient alignés et entassés selon leur taille, il faisait une chaleur étouffante dans la pièce Jaspers avait allumé le four dès le matin et ce n’est qu’à cet instant que je compris pourquoi Jaspers avait déchargé des bûches de son camion plusieurs fois dans la semaine bûches qu’il avait entassées derrière le bâtiment à la porte toujours verrouillée sans me regarder ce qui apaisa mes craintes (mais ce n’était que la première scène d’un rêve récurrent dans les jours qui suivirent), Jaspers et Kerl préparaient la dernière phase de la liquidation la crémation des chiens une bonne centaine, j’essayais de compter les corps mais en vain Jaspers avait déjà chargé la grille m’expliquant (car je devais prendre la relève avec Kerl) : tu mets les gros d’abord et les petits par-dessus sinon les petits tombent dans le cendrier oui il avait dit le cendrier et le mot me frappait comme une pierre imaginant tous les corps brûlés finissant comme nos clopes dans un cendrier minuscule alors que le cendrier en question couvrait toute la surface du crématorium (car on ne disait jamais four), puis je vis Jaspers ouvrir la porte vitrée et enfourner une dizaine de chiens dont certains avaient la langue qui pendait affreusement et les pattes raidies qu’il avait été difficile de plier pour qu’ils puissent entrer (dans le four me disais-je quel autre mot), alors une immense flamme surgit enveloppant les corps couchés les poils prirent feu et à travers la porte vitrée je pus observer la lente combustion des chiens comme hypnotisé oui fasciné même par ce phénomène physique comme si ça n’avait pas été des corps animaux mais des pains, oui Jaspers avait enfourné de gros pains rien de plus et comme un jour où j’avais été chez le boulanger j’allais observer la cuisson des pains, sauf que ces pains avaient des têtes avec des yeux et des pattes qui avaient pris feu et se tordaient doucement sous l’effet de la chaleur, des ventres qui explosaient libérant les boyaux auxquels s’accrochaient des flammèches, puis je vis enfin les têtes se consumer (c’est ce qui brûle le moins vite confirma Jaspers qui préparait la prochaine fournée), les têtes pleines de feu dont les yeux tout à coup s’allumèrent les orbites libérant de minuscules flammes comme celles des allumettes, oui je vis les têtes des chiens déjà noircies soudain ressuscitées par ce feu qui nettoyait l’intérieur du crâne nous lancer un dernier regard ardent et menaçant avant de s’effondrer dans le cendrier juste en dessous où des morceaux de corps finissaient de se consumer doucement.



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L’auteur

Première mise en ligne le 7 novembre 2014

© Laurent Margantin _ 11 octobre 2016

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