Oeuvres Ouvertes

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Le Chenil (69)

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Le soir quand je rentrais la mère hurlait que je puais et que j’empuantais la maison, elle me disait de ne pas rentrer dans la cuisine ni dans le salon que j’allais y répandre ma puanteur que c’était insupportable, les premiers temps dès que j’arrivais elle m’ordonnait d’aller dans la salle de bains de me déshabiller prenait mes vêtements les jetait dans la machine à laver me poussait sous la douche en gueulant de me savonner de me rincer plusieurs fois de suite, frotte disait-elle frotte plus fort bon à rien c’est insupportable répétait-elle tout en mettant la machine à laver en marche, et quand j’étais douché elle continuait à se plaindre pendant toute la soirée que j’avais empuanté la maison que ça puait partout même au salon où je n’avais plus le droit d’entrer, monte dans ta chambre me disait-elle une fois que j’avais dîné, monte dans ta chambre et surtout ouvre la fenêtre aère c’est insupportable hurlait-elle alors que j’étais déjà dans les escaliers. Une nuit elle déboula dans ma chambre avant que les dobermans arrivent, me tira hors du lit en criant comme une folle ce n’est plus possible, que toute la maison était infestée que sa chambre à elle juste à côté de la mienne puait la charogne, elle me poussa dans le couloir puis dans les escaliers alors que j’étais encore en pyjama sans me laisser le temps de m’habiller, ouvrit la porte de la cave et d’un grand coup de poing dans le dos elle me jeta dans les escaliers referma la porte sans même allumer si bien qu’en bas je dus marcher à quatre pattes gémissant car je m’étais fait mal aux bras en tombant, à la recherche d’un interrupteur que je finis par trouver mais difficilement comme si j’avais oublié leur emplacement dans la cave sans doute sonné par ma chute. Je passais une partie de la nuit à gémir en haut des escaliers devant la porte que je grattais de mes ongles mais la mère ne venait pas, je n’entendais pas un bruit habitué à entendre les dobermans qui montaient chaque nuit dans ma chambre, je les avais ratés ou bien la mère ne leur avait même pas ouvert ce qui en plus de ma nouvelle vie dans la cave était un autre bouleversement dans mon quotidien, j’écoutais le moindre bruit dans la maison mais tout ce que j’entendais c’était mes propres gémissements ou mon souffle angoissé, comment allais-je vivre dans la cave ou bien la mère allait-elle me permettre de remonter dans ma chambre j’en doutais, oui c’était peu vraisemblable sans doute allait-elle me bloquer dans la cave pour essayer d’empêcher ma puanteur de continuer à se diffuser dans la maison, j’envisageais donc dès ma première nuit dans la cave de m’y installer pensant à ce qu’il me faudrait pour y dormir pour y manger pour m’y laver pour m’y habiller, enfin je m’apaisais un peu vers le matin m’endormis même sur les marches et n’entendis même pas lorsque la mère vint m’ouvrir pour que je me rende au chenil comme chaque matin.



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L’auteur

Première mise en ligne le 12 novembre 2014

© Laurent Margantin _ 11 octobre 2016

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