Œuvres ouvertes

Le Chenil (70)

...

Le soir à mon retour j’aménageais comme je pouvais la cave pour pouvoir y dormir plus confortablement, alignant et entassant plusieurs pneus usagés d’anciennes voitures qu’avait possédées le père et qui avaient toutes disparu, pourquoi la mère avait-elle gardé ces vieux pneus je l’ignorais en tout cas ils m’étaient utiles à présent et même si ça ne faisait pas un lit très confortable avec ces creux entre lesquels je devais me lover c’était toujours mieux que les escaliers ou le sol bétonné, les nuits suivant le bannissement de ma chambre je veillais quelques heures rêvant à nouveau du chenil et de ma future exécution attendant les dobermans qui ne venaient pas, mais vers le matin j’arrivais à dormir quelques heures savourant même ma nouvelle tranquillité dans cette cave où je n’entendais plus la mère claquer ses volets et gueuler contre les chiens qui circulaient dans la rue, toujours plus nombreux.
Pour se protéger d’eux pendant la nuit les habitants du quartier composé surtout de petits pavillons avec un bout de jardin s’étaient réfugiés dans les chambres à l’étage et certains même au grenier ayant trop peur que les chiens puissent escalader la façade et forcer volets et fenêtres (les journaux étaient pleins de telles histoires, avec récit d’égorgement des habitants dans leur lit), la mère quant à elle avait préféré rester dans sa chambre où elle pouvait guetter et éloigner les chiens en les effrayant avec ses cris mais au fil des mois les chiens étaient devenus moins craintifs et restaient sous les fenêtres des maisons même quand on leur gueulait dessus ou leur lançait différents projectiles, ils ne quittaient plus les trottoirs et s’aventuraient en bandes dans les jardins des pavillons, cherchant une ouverture même mince par laquelle ils pouvaient s’infiltrer dans les domiciles, d’où la panique de leurs habitants qui préféraient se réfugier dans les combles de leur maison auxquels il n’était possible d’accéder que par des escaliers ou bien encore mieux par une échelle escamotable grâce à laquelle on coupait toute voie d’accès au grenier une fois l’échelle remontée derrière soi, bref tout le monde cherchait la meilleure solution pour se protéger d’une possible intrusion des chiens qu’on imaginait toujours plus agiles toujours plus téméraires sans doute parce qu’ils étaient plus nombreux, tout le monde sauf encore une fois la mère qui elle passait ses nuits la fenêtre et les volets ouverts alors que sa chambre n’était qu’au premier étage donc accessible mais de ça elle se moquait terrorisée mais bravant malgré tout les chiens qui en bas l’observaient, la guettaient tout autant qu’elle les guettait.



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L’auteur

Première mise en ligne le 13 novembre 2014

© Laurent Margantin _ 11 octobre 2016

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