Œuvres ouvertes

Le Chenil (71)

...

La nuit j’étais couché sur mes pneus et j’entendais les chiens aboyer dans la rue se battre entre eux, parfois plusieurs approchaient de la porte coulissante du garage et je les entendais flairer renifler gratter et souvent pisser contre la porte tenter de la forcer pour pouvoir pénétrer dans la cave, la nuit je sentais leur odeur qui n’était pas encore la puanteur du chenil leur odeur de forêt et de terre qui me reposait de la puanteur du chenil, à mon tour je flairais m’approchant de la porte et je les voyais même de l’autre côté je les voyais gratter essayer de soulever la porte avec leurs griffes, ce n’était pas les dobermans les dobermans ne venaient plus depuis que j’étais à la cave, pour plusieurs d’entre eux c’était des rottweilers apparus en nombre parmi les chiens errants leur férocité terrorisait les vieux qui exigeaient désormais qu’on les abatte dans la rue et d’ailleurs comment allaient faire Jaspers et Kerl pour les attraper ceux-là, je les voyais derrière la porte leur corps musclé nerveux cherchant même à creuser sous la porte mais c’était du béton, où étaient passés les dobermans pourquoi ne venaient-ils plus allaient-ils revenir je tendais l’oreille écoutais le léger grognement des rottweilers qui ressemblait à une menace comme s’ils avaient su flairé sans aucun doute que j’étais de l’autre côté de la porte pressés d’entrer pressés de me sauter à la gorge peut-être était-ce cette meute que Jaspers allait lancer sur moi j’essayais de me souvenir de la dernière scène de mes rêves mais non c’était des bergers allemands pas des rottweilers et j’étais presque soulagé, retournais me coucher sur mes pneus dormais quelques minutes avant de me lever à nouveau pour aller guetter devant la porte flairer voir ce qui se passait de l’autre côté, et ainsi de suite pendant toute la nuit.
Le matin quand je sortais ils étaient partout assis couchés sur le trottoir sur le bitume, ça faisait déjà longtemps que les habitants terrorisés ne sortaient plus de chez eux même pas en voiture et la rue la ville étaient à eux, je m’avançais au milieu d’eux innombrables de toutes les races de toutes les tailles et ils me regardaient apparemment indifférents, pourquoi sentant mon odeur de chien brûlé ne me sautaient-ils pas dessus pourquoi me laissaient-ils passer sans même grogner je l’ignorais, peut-être attendaient-ils un ordre le sifflement de Jaspers peut-être attendaient-ils d’autres chiens plus massifs plus dangereux avec lesquels ils pourraient dévaster facilement la ville comme ils l’avaient sans doute déjà fait avec d’autres villes, marchant au milieu d’eux j’évitais leur regard je les contournais tandis qu’eux restaient immobiles la tête dressée aux aguets comme si je n’avais pas été celui qu’ils attendaient, qu’attendaient-ils qu’attendaient-ils pour passer à l’attaque pour tout ravager pour saigner tous les vieux qui cachés derrière leurs volets tapis dans l’ombre de leur maison observant la scène avaient ordonné leur liquidation, qu’attendaient-ils pour liquider à leur tour ces vieux parasites tout juste bons à pousser leur tondeuse à gazon une fois la semaine à faire leurs réserves dans la crainte de l’invasion à se terrer entre leurs murs tremblant de tous leurs membres, qu’attendaient-ils pour me sauter dessus me dévorer et ainsi se venger de ce que j’avais fait aux leurs obéissant à ces vieux, oui j’étais coupable j’étais coupable de leur avoir obéi et marchant au milieu de toutes ces bêtes je ne rêvais que de ma fin prochaine qui je l’espérais serait terrible.



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L’auteur

Première mise en ligne le 14 novembre 2014

© Laurent Margantin _ 11 octobre 2016

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