Éditions Œuvres ouvertes

Le Chenil (73)

...

Les jours suivants elle avait dû m’observer depuis sa fenêtre quand je sortais du garage le matin et le soir quand je rentrais, elle avait dû voir que j’étais toujours accompagné de Manky qui guettait devant la porte le reste du temps et ça l’avait mis dans une telle rage qu’elle débarquait à la cave à n’importe quel moment parfois plusieurs fois par nuit, sans doute avait-elle surmonté sa peur du chien qui grattait la porte ou bien sa rage était si forte qu’elle ne pouvait plus la maîtriser et qu’elle ne pouvait plus s’empêcher de débarquer pour me bastonner même si je n’étais pas couché me courant après à travers le garage me bloquant dans un coin me forçant à m’accroupir à me recroqueviller sous les coups tandis que dehors Manky aboyait, mais ça ne retenait plus la mère qui bastonnait de plus belle me blessant surtout les bras avec lesquels je protégeais ma tête, si bien que le lendemain au chenil j’étais incapable de porter un seau ou quoi que ce soit d’un peu lourd mes bras me faisant terriblement souffrir, heureusement que Kerl me donnait un coup de main sans poser de questions. La mère hurlait en me tapant dessus, parfois je comprenais ce qu’elle hurlait de sa bouche ensanglantée j’entendais tu as déjà empuanté la baraque, tu vas pas l’infester avec les puces de ton sale clebs ou autres propos qui concernaient le chien que je fréquentais oui la mère utilisait ce verbe étrange pour parler d’un chien, à ses yeux je fréquentais un chien comme je pouvais fréquenter Ivan, j’essayais de lui expliquer que Manky restait dehors et qu’il n’avait pas de puces (ce dont à vrai dire je n’étais pas sûr) mais la mère continuait à bastonner encore plus enragée parce que je lui avais répondu, tu vas filer d’ici avec tes sales puces hurlait-elle à présent, mais elle hésitait à ouvrir la porte du garage à cause des chiens de l’autre côté trop essoufflée pour continuer à bastonner même si elle en avait envie (et elle en avait toujours envie), se reposant un peu elle gémissait que j’étais sale que je ne me lavais plus (mais comment aurais-je pu puisqu’elle m’avait jeté dans la cave et m’interdisait l’accès à la salle de bains ?), que la maison continuait à puer même si j’étais à la cave que ma puanteur remontait de la cave que je devais partir que ce n’était plus possible qu’elle allait devenir folle, puis comme elle avait repris son souffle elle recommençait à bastonner mais plus mollement comme épuisée n’en pouvant certainement plus des aboiements de Manky derrière la porte aboiements toujours plus forts auxquels se joignaient les autres chiens dans la rue habitués à aboyer dès qu’ils entendaient des voix d’hommes aboiements qui poussaient la mère à se replier une nouvelle fois avant la prochaine attaque.



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L’auteur

Première mise en ligne le 17 novembre 2014

© Laurent Margantin _ 11 octobre 2016

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