Oeuvres Ouvertes

depuis 2000

Développons nos Zones d’Ecriture Numérique (ZEN)

hors de "l’industrie du livre"

Nous vivons un automne d’effondrement littéraire, parfaite illustration des propos de Reger il y a quatre ans ("La rentrée littéraire est une extinction de la littérature") : La journaliste Trierweiller et l’aboyeur Zemmour bestsellers, Modiano prix Nobel alors qu’il y aurait des écrivains bien plus puissants à récompenser (pour la France je pense à Novarina par exemple), et bientôt des prix littéraires qui, dit-on, seront attribués à des auteurs de textes insignifiants. Nous en sommes là : le processus de déclin s’accélère, le vieux monde de l’industrie du livre ne peut plus produire (pour des raisons de survie financière essentiellement) que des daubes, des daubes qui se revendiquent même comme telles. Partout sur les écrans, à la radio, dans les journaux, une dizaine d’auteurs, toujours les mêmes, s’affichent, pour vendre — en deux-trois phrases amusantes de préférence — des bouquins dont la durée de vie en librairie n’excédera pas quelques semaines, mais peu importe puisqu’ils auront permis à l’industrie du livre de tenir un an de plus selon le même mécanisme où c’est la vente massive de quelques produits grand public qui compte. Inutile de préciser que dans un tel contexte de dégradation violente du champ littéraire, des livres immenses comme celui de Brigitte Reimann — pour la première fois traduite en français — n’existent tout simplement pas (les éditeurs auraient bien mieux fait de le donner à lire sur le web).

Face à cette réalité essentiellement commerciale de la "littérature" (on voit bien que le mot est chaque année un peu plus dévoyé), ce que j’appelle avec le sourire des ZEN (Zones d’Ecriture Numérique) — en pensant aux ZAD des amis écologistes engagés dans des combats essentiels — ont commencé à se constituer sur le web il y a une quinzaine d’années. Mais contrairement aux ZAD, il ne s’agit pas de défendre, de préserver un espace naturel (telles ces zones humides indispensables à la survie de plusieurs espèces), mais bien de créer de nouveaux espaces de création totalement indépendants de l’industrie du livre, de la poubelle d’écrivains dans laquelle elle se sert pour offrir chaque automne ses meilleures oeuvres.

Ces ZEN ont pu prendre différentes formes selon les auteurs et les blogs. Sur Oeuvres ouvertes — d’abord D’autres espaces entre 2000 et 2003 — s’y sont toujours retrouvés plusieurs auteurs. Je crois en effet qu’une bonne ZEN n’est pas une zone d’écriture uniquement personnelle, mais un collectif d’auteurs s’associant selon certaines affinités, certains choix littéraires et existentiels. Je me méfie désormais de ces structures d’édition affirmant fièrement regrouper 300 auteurs. Je préfère une zone d’écritures et d’échanges reliant une dizaine, voire une vingtaine d’auteurs, et qu’il n’y ait pas une seule zone mais plusieurs, chacune autonome. Je ne sais plus qui disait qu’il n’y avait pas un seul web, mais heureusement plusieurs. C’est l’esprit ZEN qu’il faut selon moi cultiver, soutenir à travers nos blogs.

Une ZEN est ainsi une zone où l’on privilégie l’échange et l’ouverture du texte plutôt que sa fermeture dans un système d’édition. Créée en 2013, la web-association des auteurs propose un rendez-vous mensuel où des textes d’auteurs publiant en ligne sont repris sur le blog d’un autre auteur et ainsi "disséminés" librement. La suite logique, c’est la webliothèque qui permet à des textes mis en ligne de manière confidentielle sur un blog, d’être intégré dans un format différent (pdf, epub) sur un autre blog : ça marche de plus en plus, je pense notamment au poème d’Antoine Brea, Ce qui se dit sous terre, qui a été lu plus de 300 fois sur Oeuvres ouvertes et vient d’être repris sur le Chemin tournant de Serge Marcel Roche (et voir la page de littérature contemporaine dans la webliothèque). L’idée étant que la lecture d’un texte peut avoir lieu hors de toute structure d’édition centralisée, qu’elle est justement possible en raison de ces flux entre blogs d’auteur.

Auteur, lecteur, on ne gagnera rien à vouloir sauver l’industrie du livre. Possible d’ailleurs que quelques-uns des grands groupes qui la composent se renforcent grâce au numérique, perpétuant ainsi le processus de poubellisation du champ dit littéraire. Je n’en sais rien et cela ne m’intéresse pas. Servons-nous plutôt du web pour développer de nouveaux espaces de création, on a les outils pour ça, et de plus en plus de lecteurs qui se tournent vers nos blogs, donc continuons à avancer en inventant de nouveaux modes d’association et de coopération.

Première mise en ligne le 30 octobre 2014

© Laurent Margantin _ 30 décembre 2014

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