Oeuvres Ouvertes

depuis 2000

Le Chenil (76)

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Chaque nuit depuis que Kerl m’avait raconté cette exécution par les chiens dont il avait sans doute entendu parler dans les journaux où l’on pouvait lire tout et n’importe quoi sur la cruauté des mœurs au pays au-delà des plaines d’où venaient les chiens errants (sans doute était-ce pure invention pour effrayer les habitants de notre ville et leur faire accepter toutes les mesures de sécurité de plus en plus draconiennes pour ceux qui avaient la chance de vivre au centre-ville, car pour les autres des quartiers périphériques ils étaient livrés aux bêtes et devaient tenter de survivre par eux-mêmes), chaque nuit je rêvais que j’étais exécuté de cette manière jeté en pâture aux rottweilers que j’entendais renifler et grogner de l’autre côté de la porte du garage (j’avais fait rentrer Manky qui ne pouvait plus faire face au nombre), chaque nuit je retrouvais la cage lumineuse au milieu de la pénombre de ce qui ressemblait à une vaste salle dont je ne voyais ni les murs ni le plafond peut-être une arène à ciel ouvert mais je ne regardais pas en l’air j’observais les vieux visages blêmes qui apparaissaient impatients qu’on lâche les rottweilers puis j’entendais les grognements des rottweilers, curieusement ils n’aboyaient pas leur excitation s’exprimait dans d’espèces de grognements aigus insupportables leur gueule apparaissait au bout de la cage dont on ouvrait une porte et alors ils se jetaient à l’intérieur tandis que le public ne pouvait s’empêcher d’exulter applaudissant certains spectateurs criant, et avant d’être attaqué de tous les côtés aux bras aux jambes à la gorge surtout je croyais reconnaître un cri un seul cri celui de la mère qui exultait plus que tous les autres autour d’elle, oui c’était bien elle moi mort son cri continuerait à s’élever à célébrer ce crime qui allait enfin purifier la ville et la libérer des monstres de tous les monstres qui la hantaient depuis plusieurs mois et la menaçaient de destruction c’était ce que disait ce cri plus puissant plus hystérique que tous les autres cris poussés pendant l’exécution cri dont je ne pouvais pas me libérer pendant que les chiens me dévoraient.



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L’auteur

Première mise en ligne le 20 novembre 2014

© Laurent Margantin _ 11 octobre 2016

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