Oeuvres Ouvertes

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Le Chenil (78)

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Une autre nuit dans la rue je rêvais de Krumm, Ivan me racontait qu’il avait été metteur en scène et que le Conseil l’avait embauché pour diriger le théâtre de la ville mais plus personne ne venait au théâtre les vieux préféraient rester devant la télé et bizarrement après des années de chômage où Krumm avait passé son temps à traîner dans les rues la tête baissée on lui avait proposé de s’occuper du chenil, je ne sais pas d’où venait cette histoire comment elle avait pu me venir en rêve en tout cas lors de sa dernière apparition au chenil Krumm n’était plus ce petit homme maigre et silencieux toujours enfoncé dans son fauteuil mais un monsieur en costume trois pièces qui circulait entre les cages nous donnant des consignes pour que les niches et les laisses à l’intérieur soient disposées autrement, gesticulant les bras, chaleureux, non ce n’était pas Krumm impossible et je le croyais encore moins quand je le voyais devant une cage qu’il s’était fait installer devant son bureau une grande cage où il avait recueilli un mastiff tibétain le seul spécimen jamais vu et capturé en ville tellement placide qu’on s’était demandé comment il avait pu arriver jusqu’ici, Krumm ne se lassait pas de l’admirer dans sa cage tournait autour tandis que le chien restait couché toute la journée sa grosse tête surmontée d’une épaisse crinière blanche, toujours triste (sans doute était-il né ainsi avec cette tristesse en lui) sauf à certains moments où il se mettait à gambader dans sa cage mais juste quelques minutes car avec son corps lourd et sans doute gras sous l’épaisse fourrure le moindre effort l’épuisait et alors il retombait ou plutôt s’écroulait gémissant pleurnichant pour qu’on vienne le consoler ce que faisait Krumm qui se jetait à son cou et le couvrait de baisers et de caresses. C’était quand même bizarre ce rêve au milieu de toute cette sauvagerie, ça avait quelque chose d’attendrissant de voir Krumm adorer ainsi un mastiff tibétain au regard qui exprimait une profonde détresse, est-ce que Krumm qui m’apparaissait pour la dernière fois en metteur en scène en artiste au chômage obligé d’accepter ce poste au chenil pour vivre s’était reconnu dans ce chien bon à rien tout juste bon à vivre dans une cage où il était adoré par son nouveau maître, en tout cas ce rêve que je ne fis qu’une fois me parut bizarre dans l’atmosphère de débâcle autour et je ne comprenais pas comment j’avais pu voir Krumm ainsi habillé émotif et attendri par le sort d’un mastiff tibétain et j’ignorais pourquoi Ivan dans le rêve me racontait cette histoire improbable lui qui ne parlait plus que des dobermans devenus maîtres de la ville totalement pris par sa vision de notre ville envahie par les chiens.



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L’auteur

Première mise en ligne le 22 novembre 2014

© Laurent Margantin _ 11 octobre 2016

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