Éditions Œuvres ouvertes

Le Chenil (80)

...

Après avoir vu Ivan je retournais à la haie mais Manky n’y était plus, pendant un moment je tournais en rond sur le trottoir puis je me décidais à monter tout seul au chenil malgré l’arrivée de nombreux chiens dans les rues la plupart courant dans l’autre sens en direction du centre-ville, il faisait jour à présent et les chiens ne semblaient pas me voir passaient à côté de moi sans même me flairer comme s’ils avaient reçu l’ordre de ne pas s’arrêter de courir tous ensemble dans la même direction, quand ils passaient à côté de moi je les entendais souffler et grogner comme excités à l’idée d’être enfin dans la ville après tous ces jours de course sur la plaine, la plupart d’entre eux étaient de grande taille avaient une gueule énorme et des yeux noirs j’osais à peine les regarder de peur qu’ils remarquent mon existence, en haut de la colline ils étaient beaucoup moins nombreux juste quelques-uns qui semblaient postés là pour surveiller qui allait et venait mais ils ne se tournèrent même pas vers moi et je rejoignais sans problème le chenil comme si j’avais été invisible. Le portail était ouvert le camion garé devant le bureau de Krumm, plus loin je voyais un premier corps celui de Jaspers éventré allongé dans une flaque de sang, en avançant j’apercevais un autre corps plus mince défiguré et reconnaissais la veste de Kerl maculée de boue, je cherchais Krumm dans son bureau mais il n’y était pas, toutes les cages du chenil étaient vides les niches avaient été renversées, je me dirigeais vers le bâtiment où on liquidait les chiens entrais dans le crématorium aucun corps jusqu’à ce que l’odeur me signale qu’on avait brûlé quelqu’un ou quelque chose, je faisais le tour du bâtiment et entrais dans le cendrier par la porte de derrière : Krumm gisait là à moitié consumé, oui ça ne pouvait être que Krumm ce petit corps maigre qui avait dû tomber à travers la grille et qui semblait encore ramper dans les cendres. Appeler des secours ne servait à rien, les trois étaient morts, les chiens ne leur avaient pas fait de cadeau et à peine libérés (mais par qui ? qui avait pu ouvrir toutes les cages ? qui avait allumé le four du crématorium ?) ils étaient partis rejoindre les autres en ville, j’avais tiré le corps de Krumm encore fumant hors du cendrier et je m’étais assis face à lui face à son crâne carbonisé comme si j’avais voulu le questionner mais mort il n’était pas plus bavard que vivant, je restais là pendant un long moment assis sur un petit terre-plein d’où l’on pouvait voir toute la ville sur laquelle le soleil se couchait dans une atmosphère de fureur car les chiens se retrouvaient tous au centre-ville face aux barricades et aux cris que j’entendais de l’autre côté je devinais que les bêtes sautaient facilement par-dessus saignaient tous ceux qu’ils trouvaient dans la rue et commençaient à pénétrer dans les maisons, la nuit venue l’éclairage municipal ne fonctionnant plus je continuais à suivre l’évolution des chiens dans le centre-ville aux cris de leurs victimes mais d’un seul coup la place du Conseil était apparue en pleine lumière des flammes jaillissant des fenêtres autour et je vis alors une masse énorme d’animaux se diriger vers le bâtiment du Conseil briser les vitres des fenêtres de leur gueule et s’attaquer à la foule de vieux qui s’étaient réfugiés à l’intérieur.



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L’auteur

Première mise en ligne le 25 novembre 2014

© Laurent Margantin _ 11 octobre 2016

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