Œuvres ouvertes

Grains de pollen (74) / Novalis

Traduction, fragment après fragment, des 114 "Grains de pollen", première oeuvre publiée par Novalis, dans la revue Athenäum en 1798.

Rien n’est plus indispensable à la vraie religion qu’un médiateur qui nous relie à la divinité. L’homme ne peut tout simplement pas être directement en rapport avec elle. Il doit être absolument libre dans le choix de ce médiateur. La moindre contrainte nuit à sa religion. Le choix est caractéristique, et les hommes éduqués choisissent à peu près les mêmes médiateurs, alors que l’homme sans éducation est déterminé habituellement par le hasard. Mais comme peu d’hommes sont en général capables d’un libre choix, certains médiateurs deviennent toujours plus communs, que ce soit dû au hasard, à une association ou à leur propre destinée. Des religions locales apparaissent de cette manière. Plus l’homme est autonome, plus la quantité de médiateurs diminue, la qualité s’affine, et ses relations avec eux se diversifient et se forment : fétiches, étoiles, animaux, héros, idoles, dieux, Un homme dieu. On voit bientôt combien ces choix sont relatifs, et l’on est conduit sans s’en rendre compte à cette idée que l’essence de la religion ne dépend pas de la nature du médiateur, mais simplement de la perception de celui-ci, des rapports entretenus avec lui.

Il s’agit d’une idolâtrie au sens large du terme lorsque je considère ce médiateur comme Dieu lui-même. C’est de l’irréligion lorsque je n’en admets absolument aucun ; et, dans cette mesure, la superstition et l’idolâtrie, l’incroyance et le théisme, que l’on peut aussi appeler judaïsme ancien, sont tous deux irréligion. En revanche, l’athéisme est la négation de toute religion en général, et n’a donc absolument rien à voir avec la religion. La vraie religion est celle qui admet ce médiateur en tant que tel, qui le considère pour ainsi dire comme un organe de la divinité, pour sa manifestation sensible. De ce point de vue, les Juifs, au temps de la captivité babylonienne, reçurent une authentique tendance religieuse, une espérance religieuse, une croyance en une religion à venir, croyance qui, d’une manière merveilleuse, les transforma en profondeur, pour les conserver jusqu’à nos jours dans la plus curieuse des permanences.

Mais si l’on examine les choses de plus près, la vraie religion semble de nouveau séparée de manière antinomique en panthéisme et monothéisme. Je m’autorise une licence en ce que je n’utilise pas le terme de panthéisme dans un sens habituel, entendant par là l’idée selon laquelle tout pourrait être organe de la divinité ou médiateur, dans la mesure où je l’élève à ce rang : tandis que le monothéisme, au contraire, désigne la croyance selon laquelle il n’y aurait qu’un seul organe de cette espèce au monde, qui seul serait approprié à l’idée d’un médiateur, à travers lequel Dieu seul serait perceptible, et qui me contraindrait à choisir par moi-même : sans quoi en effet le monothéisme ne serait pas une vraie religion.

Aussi inconciliables les deux puissent-ils paraître, il est toutefois possible de les réunir si l’on fait du médiateur monothéiste le médiateur du monde intermédiaire du panthéisme, et si, à travers lui, on centre pour ainsi dire ce monde intermédiaire, de telle sorte que tous les deux soient nécessaires l’un à l’autre, de manières diverses.

La prière ou la pensée religieuse consiste donc en une triple abstraction ou une action de poser sur un mode ascendant et indivisible. Pour l’esprit religieux, chaque objet peut être un temple au sens des Augures. L’esprit de ce temple est le grand prêtre omniprésent, le médiateur monothéiste, le seul à être dans un rapport direct avec la divinité.

© Novalis _ 15 mars 2010

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