Éditions Œuvres ouvertes

22/12/14

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C’était pour moi quelque chose d’inimaginable, ça me hante depuis plusieurs jours, depuis que je l’ai découvert dans les médias : l’émergence en Allemagne d’un mouvement populaire anti-immigrés se cachant derrière des mots d’ordre anti-Islam, l’Islam étant assimilé au terrorisme. Je n’arrive pas à croire à ces images nocturnes que j’ai pu voir à la télévision et aux slogans qui y étaient affichés et scandés : qui disait, un écrivain je crois, que les Allemands n’avaient jamais su manifester en plein jour et que ce qui caractérisait les mouvements populaires en Allemagne, autant sous le nazisme que lors de la chute du Mur, c’était que les gens défilaient la nuit tombée ? Depuis mon premier séjour d’un an dans une famille près de Mayence, l’année de la chute du Mur, la résurgence d’un mouvement politique de type populiste voire fasciste en Allemagne me paraissait impossible. Auprès de cette famille composée d’enseignants nés pendant la guerre, ayant grandi dans la conscience de ce qu’avait été le nazisme, défenseurs résolus de la République fédérale allemande, d’une constitution démocratique et opposés à toute forme de militarisme et de violence, j’avais fini par croire que des Allemands ne pourraient plus jamais dénoncer et encore moins agresser des étrangers sur son sol, quand bien même ils seraient, pour des raisons humanitaires, nombreux (l’Allemagne a accueilli notamment plus de 20 000 réfugiés syriens cette année, deux fois plus que prévu). Des groupuscules néo-nazis existaient, et il y avait eu lors de la réunification des attaques de foyers d’immigrés et des violences contre des Turcs installés depuis des années en Allemagne, mais on avait pensé que ces actes étaient le fait d’individus isolés et radicaux. Ce qu’on découvre ces jours-ci, c’est qu’une partie importante de la population allemande est prête à suivre quelques agitateurs, dont le plus connu pour le moment semble être un ancien cuisinier de 41 ans, condamné pour détention de cocaïne et actuellement en liberté conditionnelle ("partisan de la tolérance zéro" quand il s’agit d’immigrés, écrit le journaliste du Monde). Cette Allemagne-là, je n’y crois pas, ce n’est pas celle où j’ai vécu douze ans, où je retourne régulièrement, je lis et suis les médias allemands comme s’il s’agissait d’une fiction, d’un cauchemar, je vais dans les rues de Tübingen en pleine nuit et personne ne défile contre les immigrés, alors non, ce n’est pas possible que dans d’autres villes...
© Laurent Margantin _ 22 décembre 2014

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