Œuvres ouvertes

01/01/15

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Monde froid. Passé une journée et une nuit à marcher dans une ville enneigée, absolument silencieuse, déserte. Tout le monde rentré chez soi pour festoyer. Mais même la lumière des fenêtres semblait étouffée par le froid. A minuit il n’y eut aucun cri. Je longeais plusieurs fois la tour où le poète, la deuxième moitié de sa vie, avait regardé le fleuve. Là non plus aucune lumière. Je passais des ponts sur le fleuve, il me semblait que je les entendais murmurer. 900 hommes, femmes et enfants débarqués en Italie. Ils venaient de très loin, ils avaient froid, grelottaient. Oui, je les voyais maintenant, 900 silhouettes avançant en silence, spectrales, sur l’allée des platanes. On rêvait que les hommes, femmes et enfants de la ville gelée sortaient et venaient vers eux leur souhaiter la bienvenue. On rêvait dans ce monde froid.
© Laurent Margantin _ 1er janvier 2015