Oeuvres Ouvertes

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Ondine s’en va / Ingeborg Bachmann

Dernière nouvelle du recueil La trentième année. Première traduction faite par M.-S. Rollin au Editions du Seuil en 1961.

Nouvelle traduction de Françoise Rétif

Vous, êtres humains ! Vous, monstres !

Vous monstres nommés Hans ! Monstres au nom que je ne pourrai jamais oublier !

Lorsque je traversais la clairière et que les branches s’ouvraient sur mon passage, lorsque les verges battaient l’eau de mes bras et que les feuilles léchaient les gouttes dans mes cheveux, alors je rencontrais sur mon chemin un homme qui s’appelait Hans.

Oui, c’est cette logique que j’ai apprise, qu’un homme doit s’appeler Hans, que vous vous appelez tous ainsi, tous les uns comme les autres, et cependant rien qu’un seul. Il n’y en a toujours qu’un qui porte ce nom que je ne peux oublier, même si je vous oublie tous, vous oublie totalement, comme je vous ai totalement aimés. Et longtemps après que vos baisers et vos semences auront été effacés et emportés par les grandes eaux innombrables ¬— pluies, fleuves, mers — le nom sera encore là, se propageant sous l’eau, parce que je ne peux cesser de le clamer, Hans, Hans…

Vous monstres aux mains solides et nerveuses, aux ongles courts et pâles, aux ongles sales et écaillés, avec vos manchettes blanches autour des poignets, vos pull-overs effrangés, vos costumes gris uniformes, vos gros blousons de cuir et chemises d’été flottantes ! Laissez-moi être précise et vous faire honte une bonne fois pour toutes, car je ne reviendrai pas, je ne suivrai plus vos signes de main, vos invitations à prendre un verre de vin, à faire un voyage, à aller au théâtre. Je ne reviendrai jamais, jamais. Dire oui et Toi et oui. Il n’y aura plus tous ces mots et peut-être vous dirai-je pourquoi. Car vous vous y connaissez en questions et elles commencent toutes par « pourquoi ? ». Il n’y a pas de question dans ma vie. J’aime l’eau, sa transparence dense, la verdure dans l’eau et les créatures muettes (et je serai bientôt tout aussi muette !), ma chevelure parmi elles, en elle, l’eau équitable, le miroir indifférent qui m’interdit de vous voir autrement. La frontière humide entre moi et moi…

Je n’ai pas d’enfant de vous, parce que je n’ai pas connu de questions, pas d’exigence, ni de prudence, d’intention, ni d’avenir, et j’ignorais comment on prend place dans une autre vie. Je n’ai pas eu besoin qu’on pourvoie à ma subsistance, pas besoin de serments ni d’assurances, rien que d’air, d’air nocturne, d’air des côtes, d’air des frontières, pour pouvoir toujours reprendre souffle pour des mots nouveaux, de nouveaux baisers, pour un aveu incessant : oui. Oui. Quand l’aveu avait été fait, j’étais condamnée à aimer ; quand, un jour, je me libérais de l’amour, je devais retourner dans l’eau, à cet élément dans lequel personne ne se construit de nid, ni de toit sur une charpente, ne se couvre d’une bâche. N’être nulle part, ne demeurer nulle part. Plonger, se reposer, se mouvoir sans peine — et un jour se souvenir, faire surface de nouveau, traverser une clairière, le voir et dire « Hans ». Commencer par le début.

« Bonsoir ».

« Bonsoir ».

« Est-ce loin jusqu’à toi ? »

« C’est loin, loin ».

« Et c’est loin jusqu’à moi ».

Toujours répéter une faute, la faute qui nous distingue. Que sert alors d’être lavé par toutes les eaux, les eaux du Danube et du Rhin, celles du Tibre et du Nil, les eaux claires des mers polaires, les eaux d’encre de la haute mer et des marais enchanteurs ? Les femmes humaines violentes affûtent leur langue et leurs yeux lancent des éclairs, les femmes humaines douces versent quelques larmes en silence, qui font leur effet aussi. Mais les hommes se taisent. Ils passent fidèlement la main sur les cheveux de leur femme, de leurs enfants, ouvrent le journal, vérifient les factures ou font hurler la radio, ce qui ne les empêche pas de percevoir le bruit des coquillages, la fanfare du vent, et puis, à nouveau, plus tard, quand il fait sombre dans les maisons, ils se lèvent en cachette, ouvrent la porte, tendent l’oreille tout le long du passage en descendant jusqu’en bas du jardin, des allées, et alors ils l’entendent distinctement : la plainte, l’appel venu de loin, la musique spectrale. Viens ! Viens ! Une seule fois, viens !

Vous monstres avec vos femmes !

N’as-tu pas dit : c’est l’enfer, et personne ne comprend pourquoi je reste avec elle. N’as-tu pas dit : ma femme, oui, quel être merveilleux, elle a besoin de moi, ne saurait vivre sans moi— ? Ne l’as-tu pas dit ! Et n’as-tu pas ri en ajoutant, dans ton orgueil : Ne jamais prendre au tragique, ne jamais prendre ce genre de chose au tragique. N’as-tu pas dit : il faut qu’il en soit toujours ainsi, quant au reste, cela ne doit pas être, cela ne vaut pas ! Vous monstres avec vos lieux communs, qui cherchent les lieux communs des femmes, afin que rien ne manque, afin que le monde tourne rond. Vous qui faites des femmes vos maîtresses ou vos épouses, des femmes d’un jour, des femmes pour le week-end, des femmes pour la vie ; et vous les laissez faire de vous leurs époux. (Voilà qui mérite un éveil !) Vous, avec votre jalousie envers vos femmes, avec votre indulgence orgueilleuse, votre tyrannie, vous qui recherchez leur protection ; vous et votre argent du ménage, vos petits dialogues de bonne nuit le soir au lit, pour se réconforter et avoir raison contre l’extérieur ; vous et vos étreintes si maladroites et si maladroitement distraites.Voilà qui m’a stupéfiée, que vous donniez de l’argent à vos femmes pour aller faire les courses et pour les vêtements et pour les vacances, alors vous les invitez (les invitez, payez, cela va de soi). Vous achetez et vous vous laissez acheter. Je ne peux que rire de vous et m’étonner, Hans, Hans, petits étudiants et vaillants travailleurs qui prenez femme pour travailler avec vous, alors vous travaillez tous les deux, chacun devient plus malin de son côté, dans sa faculté, chacun monte en grade dans son usine, on se donne du mal, on met de l’argent de côté, on est tendu vers l’avenir. Oui, c’est pour ça aussi que vous prenez femme, pour fortifier l’avenir, pour qu’elle aient des enfants, alors vous devenez doux, quand, craintives et heureuses, elles portent les enfants dans le ventre. Ou bien vous interdisez à vos femmes d’avoir des enfants, ne voulez pas être empoisonnés et vous foncez vers la vieillesse de toute votre jeunesse économisée. Oh, voilà qui mériterait vraiment un éveil ! Vous, qui dupez et êtes dupés. N’essayez pas avec moi. Pas avec moi !
Vous, avec vos muses et vos bêtes de trait et vos compagnes lettrées et compréhensives auxquelles vous daignez accorder la parole…

Mon rire a longtemps agité les eaux, un gargouillement, que vous avez parfois imité avec effroi dans la nuit. Car vous avez toujours su que tout cela prête à rire ou à crier et que vous vous suffisez à vous-même et n’étiez jamais d’accord. C’est pourquoi il vaut mieux ne pas se lever la nuit, ne pas descendre le passage, ne pas tendre l’oreille dans la cour, dans le jardin, car on n’y trouverait rien d’autre que l’aveu que rien n’exerce plus de séduction qu’une plainte, son intonation, son attrait et que l’on aspire à la grande trahison. Jamais vous n’avez été d’accord avec vous-même. Jamais avec vos maisons, avec tout ce qui est établi. Chaque tuile qui s’envolait, chaque effondrement vous réjouissaient secrètement.Vous avez joué volontiers avec les idées de fiasco, de fuite, de honte, de solitude, qui vous auraient délivrés de tout ce qui dure. Avec quelle délectation vous avez joué avec ces pensées ! Quand j’arrivais, quand une brise annonçait mon arrivée, vous bondissiez et saviez que l’heure était proche, la honte, le bannissement, la perte, l’incompréhensible. Appel de la fin. De la fin. Vous monstres, je vous ai aimés pour cela, parce que vous saviez ce que signifiait l’appel, parce que vous vous laissiez appeler, parce que vous n’étiez jamais d’accord avec vous-mêmes. Et moi, ai-je jamais été d’accord ? Quand vous étiez seuls, absolument seuls et quand vos pensées ne pensaient pas en termes d’utilité ou de besoin, quand la lampe éclairait la pièce, alors surgissait la clairière, l’air était humide et enfumé, quand vous étiez ainsi, debout dans cette pièce, perdus, perdus à jamais, perdus de trop comprendre, alors il était temps pour moi. Je pouvais entrer avec le regard qui exhorte : Pense ! Sois ! Exprime ! — Je ne vous ai jamais compris, alors que vous vous saviez compris par n’importe quel autre. J’ai dit : Je ne te comprends pas, ne comprends pas, ne peux pas comprendre ! Cela durait un grand et magnifique moment, vous n’étiez pas compris et ne compreniez pas vous-mêmes, ne compreniez pas pourquoi ceci et cela, pourquoi des frontières et pourquoi la politique et les journaux et les banques et la bourse et le commerce et ainsi de suite indéfiniment.

Car j’ai compris votre politique subtile, vos idées, vos opinions, vos points de vue, eux, je les ai très bien compris et même un peu plus. C’est justement pourquoi je ne comprenais pas. J’ai compris à un tel point les conférences, vos menaces, démonstrations, faux-fuyants, que cela en devenait incompréhensible. Et c’était cela qui vous animait, cette inintelligibilité de tout. Car c’était là, cachée, votre réelle grande idée du monde, et moi j’ai exorcisé de vous comme par magie cette grande idée, votre idée inutilisable, qui fait que le temps et la mort apparaissent et s’enflamment, réduisent en cendres l’ordre sous le manteau des crimes, la nuit dévoyée en sommeil. Vos femmes, malades de votre présence, vos enfants, condamnés par vous à l’avenir, ils ne vous ont pas enseigné la mort, non, ils vous l’ont inculquée, pas à pas. Mais moi je vous ai apporté la connaissance d’un regard, quand tout était parfait, clair et rapide comme l’éclair — je vous ai dit : la mort est là. Et : voilà le temps. Et simultanément : Mort, va-t’en ! Et : Temps, arrête-toi ! Voilà ce que je vous ai dit. Et, ô mon aimé, tu as parlé à voix plus lente, tu as parlé parfaitement vrai, et, sauvé, libéré de tout ce qui pouvait faire obstacle, tu as dévoilé ton esprit triste, triste et grand, semblable à l’esprit de tous les hommes et d’une espèce qui n’est destinée à aucun usage. Parce que je ne suis destinée à aucun usage et que vous vous saviez destinés à aucun usage, tout allait bien entre nous. Nous nous aimions. Nous étions d’un esprit semblable.

J’ai connu un homme, qui s’appelait Hans, et il était différent de tous les autres. J’en est connu un autre qui était également différent de tous les autres. Puis un autre qui était totalement différent de tous les autres et s’appelait Hans, je l’aimais. Je le rencontrai dans la clairière et nous partîmes aussitôt, sans direction précise, c’était dans la région du Danube, il monta avec moi sur la grande roue, c’était dans la Forêt Noire, sous les platanes des grands boulevards, il but avec moi un Pernod. Je l’aimais. C’était dans une gare du nord, et le train partait avant minuit. Je ne fis pas signe en guise d’au revoir ; je fis un geste de la main pour signifier la fin. Pour la fin qui ne prend pas fin. Cela ne prit jamais fin. On peut tranquillement faire le geste. Ce n’est pas un geste triste, il n’endeuille ni les gares ni les grand-routes, moins que le signe d’au revoir trompeur avec lequel tant de choses prennent fin. Va-t’en, Mort, et arrête-toi, Temps. Ne pas utiliser de formule magique, pas de larmes, pas de mains enlacées, de serments, de prières. Rien de tout cela. Le commandement est : être confiant et sûr que les yeux suffisent aux yeux, qu’un peu de verdure suffit, que la moindre chose suffit. Obéir à cette loi et non au sentiment. Obéir à la solitude. Solitude où nul ne me suit.

Comprends-tu bien ? Ta solitude, jamais je ne la partagerai, parce que j’ai déjà la mienne, depuis très longtemps, pour longtemps encore. Je ne suis pas faite pour partager vos soucis. Pas ces soucis-là ! Comment pourrais-je jamais les admettre sans trahir ma loi ? Comment pourrais-je jamais croire à l’importance de vos intrigues ? Comment vous croire, aussi longtemps que je vous crois vraiment, que je crois absolument que vous êtes plus que vos propos faibles et vains, vos actions pitoyables, vos pauvres suspicions ? J’ai toujours cru que vous étiez plus, chevaliers, idoles, à portée d’une âme, dignes des noms les plus royaux. Quand tu ne savais plus que dire de ta vie, alors tu parlais vrai, mais seulement dans ces moments-là. Alors toutes les eaux sortaient de leur lit, les fleuves se soulevaient, les nénuphars fleurissaient par centaines et aussitôt sombraient, et la mer était un soupir puissant, elle frappait, frappait et chargeait et roulait tant et tant contre la terre que ses babines ruisselaient d’écume blanche.

Traîtres ! Quand vous n’aviez pas d’autres recours, vous usiez d’invectives. Vous saviez alors subitement ce qui, en moi, vous était suspect, eaux, voiles et tout ce qui ne se laisse pas fixer. Alors je devenais subitement un danger, que vous reconnaissiez à temps, et en un tournemain j’étais maudite et vous aviez tout regretté. Vous avez battu votre coulpe sur les bancs d’église, devant vos femmes, vos enfants, votre public.Devant vos très très hautes instances vous fûtes suffisamment téméraires pour me désavouer et pour consolider tout ce qui en vous était devenu incertain. Alors vous étiez en sécurité.Vous avez élevé rapidement des autels sur lesquels vous m’avez sacrifiée. Mon sang avait-il bon goût ? Avait-il le goût de la biche et celui de la baleine blanche ? Avait-il le goût de leur silence ?

Bienheureux ! On vous aime beaucoup et on vous pardonne beaucoup. Cependant n’oubliez pas que c’est vous qui m’avez appelée dans le monde, que vous avez rêvé de moi, l’autre, l’Autre, qui est de votre esprit mais pas de votre apparence, l’inconnue, qui a entonné le chant de lamentation lors de vos noces, celle qui arrive pieds nus et dont vous craignez le baiser de mort, autant que vous souhaitez mourir et ne mourrez jamais : sans ordre, transporté et avec raison suprême.
Pourquoi ne devrais-je pas m’expliquer, vous faire honte avant de partir.
Oui, je vais partir.

Car je vous ai revus encore une fois, vous ai entendus parler dans une langue que vous ne devriez pas parler avec moi. Ma mémoire est inhumaine. J’ai gardé mémoire de tout, de chaque trahison et de chaque bassesse. Je vous ai revus dans les mêmes lieux ; mais il me sembla voir des lieux d’infamie là où naguère se trouvaient des lieux de clarté. Qu’avez-vous donc fait ? J’étais silencieuse, je n’ai pas dit un mot. Il vous faudra le dire à vous-même. J’ai puisé un peu d’eau dans mes mains et l’ai répandue sur les lieux afin qu’ils verdissent comme des tombes. Afin qu’ils puissent enfin être et rester des lieux de clarté.

Mais je ne peux partir ainsi. C’est pourquoi je dirai aussi du bien de vous, pour ne pas se séparer ainsi. Pour que rien ne soit séparé.
Bonne malgré tout était votre façon de parler, d’errer, bons votre zèle et votre renoncement à toute la vérité afin qu’une demi-vérité puisse être dite, afin que la lumière puisse éclairer une moitié du monde, celle que justement vous réussissez à percevoir dans votre zèle. Vous étiez si courageux et courageux contre les autres — et pleutres naturellement aussi et souvent courageux afin de ne pas paraître pleutres. Quand vous voyiez arriver le malheur de la querelle, vous continuiez tout de même à discuter et persistiez dans votre opinion, bien que vous n’eussiez aucun bénéfice à en tirer. Vous avez polémiqué contre la propriété ou pour la propriété, pour la non-violence et pour les armes, pour le nouveau et pour l’ancien, pour les fleuves et pour leur régulation, pour le serment et contre l’usage de prêter serment. Voilà qui mérite d’être loué.

Il faut louer la tendresse de vos corps patauds. Une tendresse particulière quand vous rendez service, quand vous faites un geste doux. Plus tendre que toute la tendresse de vos femmes est votre tendresse quand vous donnez votre parole ou écoutez et comprenez quelqu’un. Vos corps ont beau être lourds, vous êtes sans pesanteur, et une tristesse, un sourire de votre part peuvent être tels que même le soupçon insondable de vos amis un instant est sans aliment.

Il faut louer vos mains quand vous saisissez des choses fragiles, quand vous les ménager pour les conserver, et quand vous portez des charges et écartez du chemin ce qui est lourd. Et bonne est votre façon de soigner les corps des hommes et des animaux et d’éliminer prudemment une douleur du monde. Bien des choses limitées sortent de vos mains, mais parfois aussi de bonnes choses qui parleront pour vous.

Admirable est également la façon dont vous vous penchez sur les moteurs et machines, les construisez et comprenez et expliquez, jusqu’à ce que, à force d’explications, surgisse un nouveau mystère. N’as-tu pas dit qu’il s’agissait ici de tel principe et là de telle force ? N’était-ce pas bien et joliment dit ? Jamais personne ne parlera de nouveau ainsi des fleuves et des forces, des magnétismes et des mécanismes ni du noyau de toutes choses.

Jamais personne n’a parlé ainsi des éléments, de l’univers et des astres.
Jamais personne n’a parlé ainsi de la terre, de sa forme, de ses âges. Dans tes discours, tout était si clair : les cristaux, les volcans et les cendres, la glace et le brasier interne.

Personne n’a parlé ainsi de l’être humain, des conditions dans lesquelles ils vivent, de leurs dépendances, de leurs biens, de leurs idées, des êtres humains sur cette terre, sur une terre antérieure et une terre future. C’était juste de parler ainsi et de tant méditer.
Jamais le charme des objets ne fut aussi grand que lorsque tu en parlais, et jamais paroles ne furent plus réfléchies. Grâce à toi, le langage pouvait protester, douter ou devenir puissant. Tu as tout fait avec les mots et les phrases, tu t’es arrangé avec eux ou les as transformés, tu as nommé telle ou telle chose autrement ; et les objets, qui ne comprennent ni les mots exacts ni les mots inexacts, de ce fait se sont presque mis en mouvement.

Ah, nul n’a su jouer comme vous, monstres ! Vous avez inventé tous les jeux, jeux de nombre et jeux de mots, jeux de rêve et jeux d’amour.

Jamais personne n’a parlé ainsi de soi-même. Presque vrai. Presque mortellement vrai. Penché au-dessus de l’eau, dans un abandon presque total. Le monde est déjà sombre, et je ne peux mettre le collier de coquillages. Il n’y aura pas de clairière. Toi différent des autres. Je suis sous l’eau. Sous l’eau.

Et voici en haut quelqu’un qui hait l’eau et qui hait la verdure et ne comprend pas, ne comprendra jamais. Comme je n’ai jamais compris.

Presque réduit au silence,

percevant presque

encore

l’appel.

Viens. Une seule fois.
Viens.

Traduction de Françoise Rétif

Première mise en ligne le 16 mars 2010

© Ingeborg Bachmann _ 18 décembre 2010

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