Œuvres ouvertes

11/01/15

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Kalle m’écrit : le programme de Noël habituel, visites aux tantes et aux sœurs, puis c’est passé. Fixée entre la salle à manger et la cuisine, une balançoire immobile. Dans la cuisine, une table devant une banquette en L, dans le coin paquet de journaux dont on extrait parfois quelques pages locales pour vérifier qu’il se passe des choses dans la ville. Le bibelot amusant de la grand-mère est toujours bien mis en évidence sur une étagère : c’est justement une grand-mère à lunettes. Il n’est pas rare que les gens aient beaucoup à raconter. Le ciel est cassé ici et là, mais le vieux couvercle hivernal tient. Des fictions divertissantes se développent forcément dans les bouches, chacun y met du sien. Gamins qui surgissent à poil et tuent l’histoire en cours. Crève-la-faim, vagabonds, compagnons des juifs. Il s’agit de faire monter de la joie au cœur d’un dimanche gris. Même le passé le plus enfoui et le plus terne peut provoquer un peu de bonne humeur. La tristesse se soigne.
© Laurent Margantin _ 11 janvier 2015