Oeuvres Ouvertes

depuis 2000

13/01/15

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Au Marquardtei, Kalle parle un peu. Quand on entre, on ne sait pas s’il faut rester dans la salle centrale un peu sombre ou aller dans l’autre pièce aux deux grandes fenêtres. Il y a des humeurs anciennes qui troublent le regard. Tout ici — tables, menus, comptoir — trop pareil à jadis. Le serveur parle le même dialecte que tous ceux qui l’ont précédé. Kalle a encore quelques cheveux roux sur les côtés de son crâne chauve, ouvre de grands yeux étonnés souvent, un peu inquiets. Des pots de fleurs sont posés sur les rebords des fenêtres, assombrissent. Paroles qui pourraient être celles d’il y a un an voire plus quand on s’est rencontrés la dernière fois. Quelque part dans le café, Matthias parle encore de philosophes français contemporains qu’il déteste et se souvient d’Ernst Bloch. C’était aussi l’hiver. Chez lui dans sa WG les colocs avaient fait une spécialité locale, des espèces de pâtes souabes appelées Spätzle qu’ils avaient préparées eux-mêmes. L’un était gros et n’avait pas l’air content, un théologien. La maison assombrie par des sapins était à deux pas de l’Université, mais impression qu’on sortait peu, que toute la vie avait lieu dedans. Dans la chambre de Mathias un bureau et des piles de livres par terre. Devenu journaliste à Berlin, avec un nom dont il existe des dizaines dans l’annuaire. Kalle ne boit toujours pas d’alcool, boit de l’Apfelschorle (jus de pomme et eau gazeuse). Quand je vis ici chaque phrase en français a un noyau allemand.
© Laurent Margantin _ 13 janvier 2015

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