Œuvres ouvertes

17/01/15

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Quand il fait sale, je monte jusqu’ici et je regarde la ville. Tous les octets du Journal de Kafka enregistrés dans la cervelle du félin, je ne sais pas comment y accéder. Toujours à Berlin avec HH, qui écrit ou moi plutôt blocs estropiés au bronze infâme, ça me parle. Quand une personne apparaît, on essaye de la fixer mais elle s’évanouit aussitôt, par exemple le rire de Matthias, parti à jamais sans doute. Manfred est bien arrivé et parle en face de moi, mais il semble ailleurs quand il pose sa main à plat sur sa chope de bière comme il aime faire. Le soir, quand on se rend à son séminaire, il faut s’agripper à la rampe dans la ruelle verglacée en pente raide. Il a toujours parlé comme ça, concentré sur ce qu’il dit au point de paraître s’absenter de tout et de tous. Mais lui aussi sait rire pour revenir parmi nous, et alors son retour est incroyable de vitalité. Il a des yeux bleus philosophiques dans un visage assez épais. On est deux à descendre, patinant à certains endroits, nous agrippant encore plus fort à la rampe fixée au Stift. On pourrait passer pour des ivrognes juste parce qu’on se tient comme ça à glisser. Du château, on voit toute la ville, le passé et le présent sont indémêlables. On boit sa vie à chaque instant, liqueur épaisse.

© Laurent Margantin _ 17 janvier 2015

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