Éditions Œuvres ouvertes

31/01/15

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Dans toute la ville il y a des mots qu’on répète comme des mantras, difficile de s’en extraire. J’échoue la plupart du temps. Kalle est à la gare routière, bredouille la phrase que je viens de dire en français à quelqu’un dont j’oublie aussitôt le visage. Il marche souvent à mes côtés, silencieux. Il surgit les jours d’anniversaire et ne dit rien. Quand il parle dit des mots à verres foncés pour obscurcir encore un peu plus le ciel sombre. Museau bas des chiens flairent la mort, se battent pour quelque chose à mâcher mais ce n’est pas ici. Un type tête rousse bouclée joue de l’accordéon, toujours le même type depuis vingt ans, payé par la ville on me dit finalement, ce qui expliquerait qu’il soit toujours de bonne humeur. Un peu partout des visages ouvrent des chemins violents en buvant tranquillement un café corsé. Il y a des mots inconnus que personne ne répète parce que personne ne les prononce. J’épelle mon nom et on en comprend un autre, je le prends comme ça tout froissé et me couvre avec pour me protéger de la pluie froide.
© Laurent Margantin _ 31 janvier 2015

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