Œuvres ouvertes

09/02/15

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Quand je rencontre J elle me parle de poésie insulaire c’est-à-dire vue d’ici mondiale. Toutes les rivières du verbe poétique se jettent dans la salle du rez-de-chaussée de la tour H au long de soirées rassemblant maximum 50 personnes vieillissantes pour la plupart. Un soir un professeur célèbre atteint d’alzheimer est assis derrière moi. J parle de retourner bientôt sur sa propre île, loin des rivières du verbe poétique. Un enfant l’appelle là-bas et après des années à la tour H elle semble considérer que c’est plus précieux. Surtout en finir avec cet hiver perpétuel et les mots glacés qu’on échange avec de soi-disants amis qui sont en vérité des étrangers, des gens avec qui on ne fait rien d’autre que du commerce littéraire. Tout ça J ne le dit pas franchement mais ça s’entend dans chacun de ses silences quand elle raconte sa vie ici depuis quoi, trente ans. Lacrimosa déborde de phrases baroques avec des reflets sur l’écran du tube cathodique du vieux téléviseur construit jadis par des ouvriers japonais dans une usine délocalisée depuis 1999 dans un pays émergent. Je préfère les phrases tranchantes et sobres d’Autobiographie qui s’enchaînent selon une mécanique terrible, dévastatrice.
© Laurent Margantin _ 9 février 2015

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