Œuvres ouvertes

Marie-Dominique Arrighi

Disparition de la journaliste de Libération

Elle tenait un blog intitulé K, histoires de crabe, où elle y évoquait son cancer au quotidien. On pouvait y lire :

A défaut de guérir, je souhaite grandir.

Grandir est mon obsession depuis cette récidive. Par « grandir », j’entends relier cette maladie à mon histoire personnelle, creuser loin dans l’enfance, exhumer quelques traumas fort anciens qui pourraient éclairer en partie ce qui m’arrive aujourd’hui, trouver un sens peut-être caché quelque part.

C’est la raison pour laquelle je me suis lancée dans une cure psychanalytique, avec Françoise Bessis, alias Mme Dudivan. Elle est psychanalyste donc, également médecin-psychiatre de formation et elle dirige l’association Pyschisme et Cancer. La lecture du Livre de Pierre (épuisé, disponible dans certaines bibliothèques) a constitué pour moi un déclic. Oui, c’est là que je dois aller. Travailler avec des gens familiers du cancer, porteurs d’une réflexion spécifique, nourris de Freud et consorts évidemment, mais aussi de l’Anglais Donald Winnicott, théoricien des rapports mère-nourrisson, du holding, du care, des failles narcissiques primitives.

Je ne dis pas ici que tout cancéreux devrait entreprendre pareille aventure. Il faut en avoir le désir. Je ne dis pas que tout cancer est d’origine psychique. Les causes peuvent en être multiples, pour la plupart exogènes. En ce qui me concerne, ce travail psychanalytique vient compléter les traitements, d’autant que, je le rappelle, Mme Dudivan est médecin. Elle est très présente, loin de la « neutralité bienveillante », elle est engagée dans ce travail tout comme moi. Elle a son « éthique » de soignant, tant et si bien qu’elle m’a proposé d’effectuer les séances chez moi. Le temps que je parvienne à nouveau à me déplacer. Elle qui habite à l’autre bout de Paris est venue samedi matin.

Du coup, je ne me sens pas abandonnée dans les hauts et bas que je vis actuellement. Je ne suis pas à leur merci. Je me sens portée par les bras de la psychanalyste. Eh oui.

Tout est matière à réflexion. Par exemple, l’aide multiple dont je bénéficie et que, à la faveur du cancer, j’apprends à accepter. Tout à l’opposé de décennies de pseudo-autonomie, prônée haut et fort, et souvent à tort.

Là, en ce moment, j’apprends l’autre, la présence de l’autre, la force de l’autre.

Lire le portrait de Marie-Dominique Arrighi, ce samedi dans Libération papier.

© no name _ 20 mars 2010

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