Éditions Œuvres ouvertes

"Je dissèque sans cesse"

exceptionnelle lecture de Gustave Flaubert par Henri Guillemin

A Maxime du Camp, Croisset, 26 juin 1852

Mon cher ami,

Tu me parais avoir à mon endroit un tic ou vice rédhibitoire. Il ne m’embête pas, n’aie aucune crainte. Mon parti là-dessus est pris depuis longtemps.
Je te dirai seulement que tous ces mots : se dépêcher, c’est le moment, il est temps, place prise, se poser, hors la loi, sont pour moi un vocabulaire vide de sens. C’est comme si tu parlais à un Algonquin. – Comprends pas.
Arriver ? – à quoi ? A la position de MM. Murger, Feuillet, Monselet, etc., etc., Arsène Houssaye, Taxile Selord, Hyppolyte Lucas et soixante-douze avec ? Merci.
Etre connu n’est pas ma principale affaire, cela ne satisfait entièrement que les très médiocres vanités. D’ailleurs sur ce chapitre même sait-on jamais à quoi s’en tenir ? la célébrité la plus complète ne vous assouvit point et l’on meurt presque toujours dans l’incertitude de son propre nom, à moins d’être un sot. Donc l’illustration ne vous classe pas plus à vos yeux que l’obscurité.
Je vise à mieux, à me plaire.


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© Laurent Margantin _ 1er avril 2015

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