Éditions Œuvres ouvertes

06/04/15

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Passe du Journal K au professeur Koeber au Japon, même année : 1911. Chez K, Richepin a la chevelure aux mèches raides comme celle de Daudet assez fortement pressée sur son crâne, sans être décoiffée, tandis que Koeber a des cheveux plus pâles que le lin, mais fins et souples comme le sont d’ordinaire ceux des Occidentaux, si bien que les cheveux blancs qu’il pouvait avoir ne se remarquaient absolument pas. Sōseki nous fait pénétrer dans la maison du professeur qui vécut à Tokyo pendant 21 ans de 1893 à 1914, absolument isolé, ne s’intéressant pas à la vie culturelle du pays : Quelqu’un comme lui ne devait pas chercher à connaître le Japon. Philosophe, il donne ses cours d’esthétique à l’université. Musicien, il ne va pas au concert, préférant jouer du piano seul chez lui, et il se consacre à la lecture. Il faut lire les deux textes de Sōseki, notamment la scène d’adieu : Ce qui compte le plus pour le professeur, lui dont la nature et le caractère sont tels que je l’ai dit, c’est l’amour qui lie les êtres et la bonté. Je ne pense pas me tromper en affirmant que ce sont les étudiants japonais, tous ceux qui ont suivi ses cours, qu’il aime par-dessus tout. Ce qui est bouleversant dans ces quelques pages si denses, c’est de constater que cet homme indifférent au pays où il vit est tout de même devenu un sage japonais aux yeux de Sōseki. Tous deux parlent ensemble de fleurs, écoutent les cigales de montagne, et la table est recouverte d’une grande étoffe d’indienne aux couleurs passés (une étoffe de même motif que nous avions confectionnée pour le trousseau de notre fille), pas d’une nappe au tissu blanc qu’on voit chez les Européens. C’est l’âme japonaise que semble admirer l’écrivain chez cet homme vivant pourtant en retrait de la société. Après la lecture de ces textes, je découvre les dernières années de Raphael von Koeber. En 1914, il prend sa retraite et décide de rentrer à Munich. Cependant, juste avant de monter à bord du navire de retour dans le port de Yokohama, la Première Guerre mondiale commença. Privé de destination, il vécut dans une chambre du consulat de Russie à Yokohama pendant 9 ans jusqu’à sa mort en 1923. Il est enterré au cimetière Zōshigaya à Tokyo.
© Laurent Margantin _ 6 avril 2015

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