Œuvres ouvertes

07/04/15

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Bureau minuscule en bout de couloir où je passe le matin, comme si je devais faire semblant de l’occuper. Un écran, un porte-manteau, une corbeille à papier (pour jeter ce qu’on imprime), les arbres et le ciel surtout. Quand on se penche à la fenêtre, les anciens abattoirs, vue réjouissante pour ceux et celles qui se consacrent encore à des études de langues et de lettres. Réapprendre à porter un manteau, une veste, une écharpe. A se droguer au café pour tenir ce climat. Assis j’assemble des bouts de texte à traduire, envisageant des variations, tentant de garder l’esprit souple même face à un groupe que je me représente déjà, un visage après l’autre, mais dans le désordre. D passe, toujours jovial, un peu comédien, jouant le Français fatalement exubérant. Il a dû se tromper de bureau, ou bien fait-il simplement son petit tour dans ce bâtiment dont les activités paraissent de plus en plus clandestines, parce que personne ne sait s’il y sera encore dans six mois ?
© Laurent Margantin _ 7 avril 2015