Éditions Œuvres ouvertes

22/04/15

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Dans les lettres à Milena, K signe Ton et ajoute voilà que je perds même le nom. Ce n’est plus la lecture vive de la traduction de Vialatte, très littéraire, mais une espèce de galerie que creusent deux écritures ensemble et séparément. Dans cette galerie qui s’enfonce toujours plus loin dans la terre, je me fais insulter pour avoir pleuré des morts, je suis de l’autre côté de la mer et donc pleure forcément faux. Pas encore au fond, il y a ces lignes effrayantes de K que je n’avais pas oubliées depuis la première lecture où il est question des Juifs (moi compris écrit-il) serrés enfermés dans un tiroir de l’armoire à linge jusqu’à l’étouffement. Et là c’est moi qui étouffe dans la galerie.
© Laurent Margantin _ 22 avril 2015