Éditions Œuvres ouvertes

Les Géographes (18)

...

Jérôme Bellefin


Je n’ai jamais cru en L’Haridon. Homme trouble au regard fuyant, comment avait-on pu le nommer médecin en chef de l’expédition ? Je le vois encore monter à bord du Géographe, l’air sombre, traînant les pieds tel un condamné à mort. Comme moi, il avait été chirurgien sur différents navires, mais âgé d’à peine trente ans, il semblait fatigué de tout.
Sa mélancolie s’était considérablement renforcée pendant notre voyage dans les Terres australes. Après notre retour, il avait présenté une thèse de médecine inspirée semble-t-il par ses récentes épreuves. Elle portait ce titre étrange si je me souviens bien : Des affections de l’âme considérées comme cause essentielle du scorbut. Une théorie extravagante. Par amitié j’étais allé assister à la soutenance, et j’avais trouvé L’Haridon plus éprouvé encore qu’à notre retour. C’est pendant l’été 1807 que j’appris sa mort. On m’avait raconté qu’il était monté à bord d’un canot les poches chargées de pierres, et qu’au milieu de la rivière il s’était jeté à l’eau. Après plusieurs tentatives, le canotier était parvenu à le saisir, et avec l’aide de quelques riverains on l’avait emporté à l’hôpital où il mourut.



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© Jérôme Bellefin_Les Géographes _ 16 septembre 2015

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