Éditions Œuvres ouvertes

Hölderlin, Grèce

traduction de Laurent Margantin

GRÈCE

Première version

Chemins du voyageur !
Car ombre des arbres
Et collines, ensoleillées, où
Le chemin va
Vers l´église,
Pluie, comme une pluie de flèches,
Et les arbres, sommeillant, arrive
Pourtant le soleil,
Car c´est justement ainsi, comme il brûle
Plus ardent au-dessus de la vapeur des villes,
qu´il va maintenant au-dessus des murs tendus
De la pluie.

Comme du lierre en effet pend
La pluie sans rameaux. Mais les chemins
Fleurissent avec plus de beauté pour les voyageurs
dans l´espace ouvert change comme le blé.
Avignon boisé, au-delà du Gothard,
Le messager touche au but, les lauriers
Bruissent autour de Virgile et, que
Le soleil non sans virilité ne le cherche, du tombeau. Des roses-mousse
Poussent
Dans les Alpes. Des fleurs commencent
Aux portes de la ville, trop exposées sur des routes aplanies
Pareilles à des cristaux poussant dans le désert marin.
Des jardins croissent autour de Winsor. Majestueusement
Passe, venant de Londres,
La voiture du roi.
De beaux jardins font durer la saison.
Au bord du canal. Mais dans les profondeurs il y a
La plaine de l´Océan, ardente.


GRÈCE

O vous, voix du destin, ô vous, chemins du voyageur !
Car dans le ciel
retentit comme le chant du merle
Le sûr accord des nuages, bien
Composé par la présence de Dieu, de l´orage.
Et des appels. comme des regards au-dehors, vers
L´immortalité et les héros ;
Il y a beaucoup de souvenirs.
Et où la Terre, depuis les dévastations, depuis les tentations des saints,
Suit de grandes lois, apparaissant ensuite
Des nuages lyriques glorifient la concorde et la tendresse
Et le ciel tout entier. Car toujours vit
La nature. Mais où

A peu de chose peut aboutir
Un grand début.
Mais merveille au quotidien
Dieu porte un vêtement.
Et aux connaissances sa face se voile
Et couvre les airs avec habileté.
Et l´air et le temps couvrent
Le Terrible, quand on l´aime
Exagérément dans la prière ou bien
L´âme.


GRÈCE

Troisième version

Ô vous, voix du destin, ô vous, chemins du voyageur !
Car à l´école du bleu,
Au loin, dans le grondement du ciel
Retentit comme le chant du merle
Le clair accord des nuages, bien
Composé par la présence de Dieu, par l´orage.
Et des appels, comme des regards au-dehors, vers
L´immortalité et les héros ;
Il y a beaucoup de souvenirs. Là où
résonnant, comme la peau du veau,
La Terre, depuis les ravages, depuis les tentations des saints,
Car au commencement l´œuvre se forme,
Suit de grandes lois, des nuages lyriques glorifient
La science et la tendresse et apparaissant ensuite
Le voile clair du ciel largement ouvert.
Car ferme est l´ombilic de la Terre.
En effet, les flammes et les éléments universels
Sont prisonniers de rives d´herbe.
Mais dans la pure conscience vit là-haut l´éther.
Mais aux jours clairs
La lumière devient argentée. Comme signe de l´amour
La terre au bleu de violette.
A peu de chose peut aboutir
Un grand début.
Mais merveille au quotidien trop cher aux hommes
Dieu porte un vêtement.
Et aux connaissances sa face se voile
Et couvre les airs avec habileté.
Et l´air et le temps couvrent
Le Terrible, afin qu´on ne l´aime pas
Exagérément dans la prière ou bien
L´âme. Car depuis longtemps déjà,
Comme des feuilles où apprendre, ou encore des lignes et des angles,
La nature reste ouverte
Et les soleils et les lunes plus jaunes,
Mais en des temps
Où veut se terminer l´ancienne formation
De la Terre, en des histoires
D´affrontements héroïques, Dieu mène
La Terre sur des hauteurs. Les pas démesurés
Il les limite toutefois, mais alors les forces de l´âme apparentées
Pareilles à des fleurs d´or s´unissent,
Afin que la beauté préfère séjourner sur Terre,
Et qu´un esprit plus communautaire s´installe parmi les hommes.

Il est doux alors d´habiter sous les hautes ombres des arbres
Et des collines, ensoleillées, où le chemin
Est pavé qui mène à l´église. Mais pour le voyageur
Qui par amour de la vie, les mesurant toutefois,
maîtrise ses pas, fleurissent
Avec plus de beauté les chemins, où le pays

© Friedrich Hölderlin _ 12 juillet 2015

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