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Oeuvres Ouvertes : Hitler, auteur bankable, pas Kafka : les éditeurs français préfèrent les dignitaires nazis

Oeuvres Ouvertes

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Hitler, auteur bankable, pas Kafka : les éditeurs français préfèrent les dignitaires nazis

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Je lis que Mein Kampf entrant dans le domaine public en 2016, un de nos dits grands éditeurs en proposera dès l’année prochaine une nouvelle traduction et édition critique. C’est que c’est un auteur bankable, Hitler, ces temps-ci. Figurez-vous que Franz Kafka — dont trois sœurs ont fini assassinées dans les camps de la mort — est dans le domaine public depuis 1994, et n’a pas encore eu droit à une véritable édition critique en français. On a fait retraduire Le Procès, Le Château, et basta. Et Gallimard continue à fourguer aux lycéens ses traductions de Vialatte bourrées de faute et qui dénaturent l’écriture même de Kafka, notamment en édition Pléiade (traductions annotées par Claude David, puisque les héritiers de Vialatte se sont opposés à ce qu’on corrige les erreurs nombreuses dans le corps du texte). On est donc là avec Kafka en France, quelle misère.

Plus généralement, on peut s’interroger sur ce climat éditorial nauséabond qui s’est installé ces dernières années. Himmler, correspondance avec sa femme parue il y a deux ans (avec double page contenant des extraits dans le Monde des livres), journaux de Goebbels en plusieurs volumes, sans parler de publications diverses des témoins (la secrétaire de Hitler, son garde du corps, voir notre petit florilège ci-dessous), et s’il y avait une véritable fascination de l’édition française pour les dignitaires nazis, fascination assez malsaine dans un pays où le FN fait 25 % ? On peut aussi se questionner sur une certaine idiosyncrasie de ce même milieu éditorial, quand on songe que sous l’Occupation un Gallimard publiait Ernst Jünger et des idéologues nazis. Bref, le juif Kafka passe après.

Voici ce que j’écrivais tout à l’heure sur mon compte Twitter :

Petite entrée en matière un brin polémique, mais comment ne pas être mécontent de voir qu’en plus de vingt ans aucun éditeur n’a eu le courage de lancer un tel chantier (un peu sur le modèle de ce qu’Actes Sud a fait avec Dostoïevski et Markowicz, sauf que là aussi on regrette l’absence d’un appareil critique). D’autant que les traductions existantes sont la partie émergée d’une œuvre beaucoup plus importante, ce dont j’ai justement pris conscience il y a cinq ans lorsque j’ai commencé à traduire Kafka. C’est en effet un chantier littéraire immense qu’il s’agit de donner à lire, ne se résumant pas à La Métamorphose et à deux romans, chantier littéraire que j’ai tâché de rendre ici en partie, avec cette question qui s’est de plus en plus imposée à moi : et si le web était justement l’espace idéal pour rendre l’écriture kafkaïenne dans ce qu’elle a de propre, dans sa progression fragmentaire ?

J’aurai l’occasion de revenir sur ce chantier tout au long du mois de novembre. On peut déjà avoir un aperçu du travail réalisé : une centaine de courts récits, deux cahiers du Journal, Un artiste de la faim et A la Colonie pénitentiaire, et lancée cette année une nouvelle traduction - phrase par phrase - du Terrier. Pour passer ce cap des cinq années, j’ai eu envie d’inviter les ami(e)s d’Oeuvres ouvertes — si présents par leur soutien et leurs relais sur les réseaux sociaux depuis le premier texte mis en ligne — à inscrire véritablement Kafka sur le web, et ce sera une première en numérique je crois, façon nouvelle de lire un auteur en ligne, à travers un collectif. J’en dirai plus d’ici une semaine !

On rajoutera ici la couverture du Mein Kampf chez Fayard quand elle sera disponible, puisqu’il semble que ce soit la cerise sur le gâteau SS empoisonné que l’édition française nous sert.

Mise en ligne initiale le samedi 24 octobre 2015

© Laurent Margantin _ 10 juillet 2016

Messages

  • Je ne partage pas l’avis général de cet article dont je comprends la colère. Hitler n’est pas un auteur, ou du moins un écrivain, ni Gobbels, ni Himmler ne le sont pas davantage. Je ne crois pas que Kafka soit "bankable" ou "peu bankable", d’ailleurs, Kafka destait la lettre K, donc il n’aurait certainement pas souhaité qu’on lui attribue de titre. La fascination du nazisme ne relève pas de l’adhésion éthique à cette monstruosité politique. Je crois qu’elle relève tout simplement de notre pulsion de mort qui nous identifie en tant qu’hommes, en tant qu’inconscient. Exécrer le nazisme est le lot commun, c’est la répulsion de l’horreur, mais l’horreur interroge, soulève non pas des adhésions mais un désir de connaissance dont la passion pour l’Histoire.
    Voilà, en gros, ce qui m’oppose à l’auteur de cette note. Lire Kafka, c’est incontournable pour l’homme. Lire Hitler ne l’est pas, pas plus que Goebbels ou Himmler. Dans la lecture de ces proses monstrueuses et dépourvues de tout accent littéraire, on recherche des voies pour comprendre comment la pulsion de mort a pu mener le monde à l’horreur collective. On ne cherche pas - chose impossible évidemment - la littérature.

    Voir en ligne : Hitler, auteur bankable, pas Kafka

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