Œuvres ouvertes

Jean Vilar (5)

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Quand on attendait devant le portail on regardait pas que les pavillons et leur jardin vide, on regardait aussi les arbres, curieux comme les arbres nous attiraient dans tout ce béton, on était souvent dans les bois nous aussi mais pas trop loin parce qu’on savait qu’on était guettés, on aimait les bois noirs en hiver, sans feuilles, mais on aimait encore plus les arbres tout seuls dans les rues, le tronc piégé dans le bitume, ils étaient là pas très haut n’intéressant personne, on savait pas comment ils faisaient pour tenir et continuer à pousser même très lentement dans ce monde froid, c’était ça sans doute qui nous intriguait, oui comment ils faisaient ces arbres pour tenir et continuer à pousser dans ce monde froid, tu savais, toi ? Il y en avait un juste devant le portail, ses branches nues pendaient tristement au-dessus du portail, derrière lui on apercevait un bout du béton de Jean Vilar, mais nous ce qui nous intéressait plus que le béton de Jean Vilar c’était l’arbre, l’arbre perdu dans cette rue déserte où le seul passage dans la journée c’était nous le matin et nous le soir, et puis quelques vieux et quelques vieilles qui allaient fleurir leurs tombes au cimetière.




Jean Vilar (6)

© l_m _ 7 novembre 2015