Œuvres ouvertes

Jean Vilar (7)

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Pour nous rassurer les maîtres d’avant nous avaient parlé du chemin jusqu’à Jean Vilar, c’était la première fois qu’on allait prendre en bus la route qui traversait les champs où la terre restait retournée depuis des années sans qu’on plante rien dedans, ils nous avaient parlé de la vieille serre abandonnée avant le bois noir mais le premier jour on l’avait pas vue, trop impatients d’apercevoir le camp de gitans, car eux disaient gitans ou romanichels, des mots qui se voulaient respectueux alors que nous on disait toujours manouches à cause de nos mauvaises expériences, y avait un camp en effet mais abandonné on aurait dit, de ce côté-là même pas de fumée, des tas de ferraille au milieu de la boue devant des caravanes aux portes fermées, des rideaux tirés et puis juste à l’orée du bois noir une silhouette qui disparaissait déjà mais de ça les maîtres d’avant n’avaient rien dit, est-ce qu’ils l’avaient seulement vu, eux, le camp, ou bien ils faisaient que parler, nous assommant jusqu’au dernier jour avec leur parole de maîtres ?



Jean Vilar (8)

© l_m _ 12 novembre 2015