Éditions Œuvres ouvertes

Les Géographes (44)

...

François Etienne L’Haridon


Ce navire puait la mort. Nous n’étions partis que depuis quelques semaines, et déjà une odeur fétide vous prenait au nez et à la gorge lorsque vous descendiez dans les parties du vaisseau situées sous la ligne de flottaison, coupées de l’atmosphère extérieure.
Air impur et insalubre. Eau qui imprégnait tout, se corrompant dans chaque pièce. Putréfaction des matières animales et végétales. Exhalaisons qui se formaient, contenant du gaz acide carbonique contraire à la respiration. Chaleur tropicale augmentant l’activité de la putréfaction.
Sur ordre du capitaine, le navire était régulièrement ventilé ou fumigé. Les hamacs, les draps et les couvertures étaient aérés. Les vêtements étaient séchés et les cales pompées pour en extraire les odeurs fétides de l’eau de sentine. On lavait même les hamacs, on inspectait les vêtements et on en distribuait de nouveaux. Malgré toutes ces mesures, la puanteur du navire ne disparaissait pas. Elle se renforçait même à mesure que nous approchions de la ligne équinoxiale.
Médecin de bord, je me sentais impuissant face à cette lente dégradation et savais que je ne pourrais pas faire grand chose quand les hommes seraient atteints par des maladies provoquées par cet air vicié. Je tâchais toutefois de me distraire en participant aux activités de pêche et de vivisection des savants.



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© François Etienne L’Haridon _ 2 décembre 2015

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