Oeuvres Ouvertes

depuis 2000

Les Géographes (49)

...

Antoine Furcy Picquet


J’avais ce goût de posséder les corps, tous les corps, peu importait leur taille, leur apparence et même leur sexe. Si je passais dans une ville, il me fallait un corps à posséder, ne fût-ce que quelques instants, et n’importe où, dans une chambre, un escalier, dans une ruelle, une étable même, un lieu à l’écart et sombre de préférence.
Il fallait que chaque jour je m’empare d’un corps, que je le jette au sol ou contre un mur et que je le déshabille avec fureur pour le posséder. Il me fallait saisir ses membres, sa chair, son visage aux yeux clos, il me fallait empoigner sa poitrine, tenir le corps fermement comme s’il avait voulu m’échapper, le bouger, le tordre à volonté, le maîtriser comme je le désirais. J’étais gros, mais j’avais les muscles et la carrure qui me permettaient de faire ce que je voulais avec les corps. Tous les jours je m’emparais d’un corps et ne jouissais que de cette maîtrise que j’avais sur lui.
Dans les moments de solitude à bord, j’essayais de me souvenir des corps que j’avais possédés, mais n’y parvenais pas. Je ne me souvenais d’aucun, tout était sombre dans ma tête. Ils étaient donc perdus à jamais, et les avais-je vraiment possédés ?



Page suivante Les Géographes (50)
Lire depuis le début
Lire la présentation
Le sommaire
L’auteur

© Antoine Furcy Picquet_Les Géographes _ 10 décembre 2015

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

  • Lien hypertexte

    (Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)