Éditions Œuvres ouvertes

Rocío Cerón, aux origines de la violence

« Une modernité liquide où tout est représenté et où rien ne prend forme. »

Dans cette autobiographie fictionnelle qu’est Imperio (« Empire ») les mots, les suites de mots sont comme des lambeaux, des restes après la bataille, après le carnage, après la disparition de proches parents. Ces séquences arrivent parfois à peine à former des vers, des phrases (en espagnol, « oración » a le double sens de prière et de phrase, proposition) : il y a une sorte de supplication, des références non spécifiées aux divinités tutélaires ; la douleur, le manque, le deuil rendent difficile la communication.
La violence commence autour de la table, au foyer, en famille, elle est partout comme le savait Héraclite. C’est la matrice de celle qui de tout temps ronge notre monde, de la guerre qui envahit chaque fois plus tous les espaces de la société ; la perception qu’en a l’auteure, à la fois dans son passé (l’enfance) et son présent (le temps de l’écriture), en est donc forcément fragmentée, incertaine, hébétée.
Il s’ensuit que l’expression verbale (écrite en l’occurrence, mais orale aussi, car Rocío Cerón aime la mise en scène avec accompagnement musical et parfois visuel) est également hachée, souvent obscure par le fait même de la désarticulation des phrases puisqu’il ne reste que quelques mots pour tenter de communiquer ce qui fait trop mal au fond de soi, pour enregistrer, transmettre, les derniers signes de ce qui « est à jamais hors du langage », comme l’écrit Raúl Zurita dans sa postface à Imperio. C’est au lecteur de remplir les espaces en blanc, pour s’efforcer de retrouver avec l’auteure « un je, un tu, un nous, un ici, un éclat profond, une patrie », au-delà de l’empire de la violence (où apparaît souvent un « il » indéterminé, qui représente celui qui ordonne, qui impose, le père, le tyran, quoique ambivalent car il peut aussi, comme l’étaient les divinités antiques, se révéler bienfaiteur).
Rocío Céron s’intéresse à une poésie qui assène un coup de poing, des coups « de langage et de vie », qui forcent à réagir. Elle plaide pour une poésie d’intensité, s’insinuant jusqu’à la moelle ; pour la résistance et la nécessité de persister à fouiller le passé car « la mémoire clarifie ». Elle croit à l’erreur et à l’imperfection dans la production de sa génération, et en cela résidera selon elle la richesse de cette dernière.
En 2011 elle est intervenue dans une performance à la BPI du Centre Pompidou à Paris, où elle a déclamé son texte « América », accompagnée au violoncelle par Natalia Pérez Turner et par Agnès Mérat qui lisait sa version française : http://rocioceron.blogspot.com/
Autres interventions à l’Institut Cervantes de Berlin, à Londres, Stockolm, etc. Elle a représenté en 2012 le Mexique au Poetry Parnassus, au Royaume Uni. Elle fait partie du corps enseignant de « Tránsitos », un diplôme transdisciplinaire en recherche, expérimentation et production artistique du Centro Nacional de las Artes, à Mexico.
Née à Mexico en 1972, Rocío Cerón a déjà publié un certain nombre de recueils de poésie : Litoral, 2001 ; Basalto, 2002 (prix national de littérature Gilberto Owen) ; Soma, 2003 ; Apuntes para sobrevivir al aire, 2005 ; Imperio, 2008 ; La primavera comienza muy tarde (« Le printemps arrive très tard »), 2010. Éditrice de El billar de Lucrecia.

EMPIRE (fragments)

« Nous sommes entraînés par les présages. » (Virgile)

Ce n’est pas la rouille habituelle du silence qui pèse
ni l’asservissement attribué au point de fuite
ni même l’impossibilité de se trouver en manque de projet.

Ce n’est pas la langue qui pèse – ni la coutume
ni la prison habitée des rêves.

Ni la lumière ni l’hiver ne pèsent – ni la distance de l’oubli
ce sont les heures qui pèsent la fourche de l’instant.

La rumeur des oiseaux pèse : ils parlent du pur éclair qui touche terre.

Le mot prononcé pour désigner le mur pèse
et la chambre où la litanie et les sanglots d’un homme sont transcendés.

Celui qui se cache – l’habitant – pèse, celui qui est immergé dans le froid,
qui est abandonné par la prophétie – celui qui travaille son visage pour se donner un nom.

La plongée pèse – la descente trébuchante
pour découvrir la miséricorde du fumier – la reddition de
l’orgueil qui devient pitié – destin :

incepto tantummodo opus est


BUAN
[En anglais ancien buan signifie « construire, demeurer » ; c’est aussi le nom d’un district de la province du Jeolia du Nord, en Corée du Sud, où les habitants ont réussi à empêcher un projet d’enfouissement de déchets radioactifs (NdT).]

Ici

Ici,
où l’on ne respire que verdeur d’un temps déjà regretté,
ici où les pieds sont fermement appuyés
et font leur nid
les strates se succèdent,
irrémédiables,
pour suivre l’odeur du sang fumasse,
la mer ténébreuse.

En cet endroit précis, noyé dans les rêves
– passés déjà l’opprobre, les paysages
de la superficie envertigée
il enfante la honte et la conjuration :
des os sans sépulture, rage triomphante.

Depuis les ruines
– cierge décapité par la tourmente –
des soldats et des putains regardent l’envers de l’habitude
(douloureux festin de silhouettes, rideau de fumée du silence).

Sur la cible, criblée, le bourreau et son désir,
transparent désir qui couvre le corps,
poussière des seins.

Ici, dans cette maison aux briques aveugles, aux portes fermées
le sanglot dévore les trous, des effluves de colère dégoulinent.

À l’arrivée de la fièvre la terre est ébranlée ; profondeur de rose
disparue,
absence qu’il a établie, où la colombe scintille-t-elle ?
où l’énergie du feu ?

Debout, il regarde la suspension de la feuille, la transparence
de la blessure ; la paupière témoin et le présage restent en bas – sous terre.

I.
Sans perdre une minute – l’actuelle –, droit vers le futur sans dodeliner de la tête, sans faire volte-face. Ici. En paix, muet – comme la vérité –, j’écris seulement avec l’encre de ces lettres qui me nomment et réclament un lieu sûr – libre d’entraves – dans la patrie qui héberge le regard.

Détonations

a.
Sur la pente il y a un espace / fissure où les silences sont ébouillantés.

Le passage épuisé de l’aube est suivi par les lierres :
ils consument d’autorité les hivers de l’atmosphère.

Dans ces parages où l’on se fait attaquer l’aveugle questionne le vestige.

Une rue à l’odeur tutélaire d’urine élargit la mémoire avec le nom des morts.

Toute pente cache un nom.

Un visage multiforme apparaît dans la voie des vitres :
c’est la nuit œil obscurci, filament courbe du monde.

Le substantif et sa forme tombent, dans la descente par les lierres
ils usurpent le signal de la blessure.

La succession des visages est l’aveugle qui s’annonce entre les
gestes : la pierre brute ouvre la brèche, c’est la route directe
vers le dénouement du front.

Le lierre, lui, cache la voracité du tact : les mains sont forme et la forme, substantif.

Tout substantif est imparfait.

Les pièces du damier tombent, le fou est prêt à se rendre, l’aveugle reprend la route :

La chute du geste – de même que la parole – est un acte passager.

Il ne sait pas qu’il sait, qu’il a, qu’il possède dans son destin
la note polysémique, la plaie conservée du monde.

Aveuglé il croit qu’il n’y a pas de terre, ni de noms, ni d’enfance,
seule la réalité inverse de l’eau.

Le corps pressent la tempête de la terre.

II

Se dresser en feu, en flamme, se glisser sur la surface
– vent doré – houle qui ramène à terre les sargasses.

C’est là que je descends, jusqu’où il n’y a que la place de soi-même.

La chute, rien que la chute.

Je ferme les yeux, j’écarte la lumière et le regard obscène de ce qui – anguille, loup ou truand – se glisse sur ma poitrine. J’écoute une intrigue qui s’effrite dans l’air.

Je suis situé du côté de l’effondrement et de la pagaille. Je ne suis pas allongé, je m’emprisonne. Je suis un aveugle avec un moyen d’expression : le silence – voie, trait dans lequel se dissimulent les traces du langage.

Je contiens, je ne m’évanouis pas (la mort est passage, fable), je largue les amarres et je prends sous mon bras une chance-grimace.

Je regrette le sel et ses faveurs.

Détonations

b.
Au sommet
crénelage des habitudes, lopin luminescent
géographie très légère, douce longitude de l’égarement :
sobriété de la réponse.

Au centre
chambre sans lit, sans murs :
rêve qui prépare le jugement – fossé – latitude de la débâcle.

Au bord
corps qui fait naufrage dans le bosquet
(acte au souffle verdâtre, à la démarche ferme, dessinée) :
irruption du successif, du temps.

Au ras
des os – poussière – arrogance de l’instant,
quiétude qui ruine à son passage les soupçons,
ouverture qui ne cesse de suinter
précieuse faute de ce qui a été dit : fondation.

III
Je fais non de la main, je refuse la pitié qui rythme la peur et l’égare.

Un refus à la force du poignet est une décision fragile, définitoire.

Le monde est la scission entre l’être-là et l’abîme, je dis « toi, je » comme signes d’un arc qui tend un pont. Dès maintenant, aujourd’hui et jusqu’au point que l’on cesse de voir dans la toiture.

Ma main déambule et s’informe pour trouver raison et tact.

L’éclair et l’angoisse frappent le lobule gauche. Les matinées froides d’un mois d’août à genoux, flambant et glacé, ne périssent plus : un temple se dresse, une maison d’accueil pour les laissés-pour-compte.

Je suis protégé par un ciel qui ne s’écroule pas, un ciel qui est refuge et qui prend le nom de Père.

Scindé par la musique du coup
il n’avance pas, il recule, il s’abstient :
le sang est sa compagnie.

La blessure sa pensée.

IV
Je ne fais pas confiance aux déluges. Je regarde au ras les bordures, les portes, les limites d’une clôture qui guettent la hâte de l’instant.

Je me tais pour dépoussiérer la grande roue du silence.

Mon corps est une fougère où poussent le froid et les tombes ; j’ai brûlé les bulbes pour réconcilier l’eau et la pierre.

Qu’il est difficile de s’arrêter dans le bruit de la trachée.

Sur le front grimpe la beauté, elle descend vers le dos, elle inscrit dans les lombaires une fleur molle, une prière insomniaque ignorée des hommes.

Je m’attarde contre le temps, je conserve dans la mesure du possible (mémoire / boîte / habitude) la version de moi et de mon double. Divisé – pensée ou pulsation – je dois un geste qui appartient au feu.

Il marche et des clous s’enfoncent dans ses pieds – autour des yeux l’âme reverdit

Dans la solitude il recrée le monde :
par la fuite dans le toit il observe la tresse sanglante, les immeubles en ruine, l’amoncellement des corps, la fumée intoxiquée de l’air blessé.

Le cénure logé dans la tête – la frayeur transvase ses chemins – il sourit au désir de sa mort.

Détonations

c.
En haut,
pur soubassement, gaspillage de syllabes,
des débris et des pousses cimentent la brique,
la structure :
inclinaison d’un côté de la maison.

Quel soleil pourra brûler la nuque, quelle lumière supportera l’été ?

L’angle secoue la mémoire de l’emblème, du pacte,
au bord on distingue le guet, la main ferme du salpêtre.

Braise comme fil :
le minuscule hurle sur les épaules, sur le front,
braise qui détruit – ravive – le parquet indifférent :
la flambée cause une blessure.

Intacte la chambre se procure des parpaings qui soutiennent l’histoire elle-même.

La fissure se poursuit, creuse le rayon au milieu du jeu

eau – cannetille – trame.

La maison ouvre son spectre, annonce la quiétude, sa rigueur.

Les dalles se consolent de leur état d’abandon,
la maison parle, met en avant l’âge des murs,
la pierre et la terre enferment le présage,
battement arythmique de la fuite :

depuis la tombée du jour, le fil se maintient.

V.
Je parle d’un souvenir tranquille qui soutient le monde.
Je parle d’absides et de nefs, de structures altérées
qui soutiennent le fil du souffle.

Patrie est un lieu si lointain – exact – construit par les yeux.

Je parle de la voracité du vent et je me renseigne sur l’histoire de mon visage.

Je parle d’un espace :

Bain de mousse où les lilas signalent leur amour le long du dos. Manteau d’eau, exercice de séjour maternel avec lequel je couvre le corps : mot tendre que garde l’ange de Béthanie.

Et il n’y a pas plus d’éclat que ce bain quotidien où le savon et l’eau hissent, jour après jour, au coucher du soleil, l’âme blessée.

Homme sonore sous la douche, entre les charnières, toi qui ouvres les lamentations de ton corps et qui cloues – ancres – ton cœur crépusculaire dans la vapeur qui veille sur tes plaies.

Je parle d’un enracinement :

Habiter est un miracle possible grâce au souffle sur la nuque qui enflamme la mémoire et les ailes.

Je parle d’une certitude :

Ils ne doivent pas effacer mon nom du livre de la vie ni cacher à Son oreille la faim de mes doutes.

Tout nœud est une goutte dans l’attente pour se hisser sur une marche :

/ le corps revêt les annotations du temps /

dans la poussière – saut – on garde la suspicion.


Monde sombre, toi qui accueillais le silence,
l’odeur du rance, la cécité déambulent déjà à tes frontières ;
les grisailles de tes environs, de ton continent.

Nu (à peine bleu qui ment dans sa bourrasque)
tu es destin, ruse abrutie du naufrage.

Le limon t’habite, le toussotement inaudible
de ce qui est méprisable, fétide, hypocrite.

Stridence de guerre s’appelle ta colère.

Frondes (peut-être dans la boue, entre le piège
de ton faisceau et le cri équidistant du pauvre)

frondes dans l’anxiété et la sourdine des temps.

Ancienne ton épaisseur,
ta soif se rassasiant de sang / d’os / de columbariums.

Ton peuple – inquiétude – son grondement de faim et de routines te pèsent.


SIGNES (temps de l’habitant)

Hier peut-être
Entre les plis et une arme

I
Le bras plié, l’arme à l’épaule, inséparable de cette maison
– qui est ma maladie – j’emporte ce qui reste / ce qui s’en va / ce qui s’engourdit
jusqu’à la haute cime – canicule – où habitent les violents.

Le temps d’un certain arôme de rafales j’entrevoie la beauté :

– poudre sang puanteur de viscères –

Un corps enfant / un enfant au corps défait

et seul / hypnotisé / je sens je palpe la surface blessée.

II
Ma mère entrait dans la cuisine, toujours à la recherche du cumin, un jambon resplendissait dans la bassine dorée du vinaigre, entre commissure et commissure cette femme (poitrine, amour et lait suave) susurrait une phrase :

– « La guerre naît de la faim. Peu importe de quoi. La guerre naît de la faim peu importe de quoi. La guerre. »

Tandis que je parcourais du regard les plis de sa jupe

/ la promesse de ses jambes monde
/ le retour vers son corps patrie

et dans les rues sommeillait une ville – présage de la furie – plongée dans l’assaut d’une modernité liquide où tout est représenté et où rien ne prend forme.

III
Un corps sont cent corps / cent corps sont un corps / tact.

Avancer ainsi, sans protection – le balancement de l’arme ne sert à rien face à la bombe – occupé à calculer les dimensions et les limites d’un guet / harcèlement. Se demander tous les matins combien de balles, combien de morts, quel motif, quand être le persécuteur, quand le vaincu, quand lancer l’offensive, quand l’agôn, vers où l’impétuosité combative, quand l’extermination, quand rendre les armes, quand l’armistice, quand l’oubli.

IV.
Ma mère, ses silences. Assise dans l’avant-cour de la maison, le soleil d’hiver lui brûlant les joues. Muette. Les pas rapides de mon père, cherchant dans les chambres le minimum : son arme (browning HP-35, treize coups) avant de sortir. Muette. Le soldat qui est venu demander combien d’hommes vivaient à la maison. Muette. Le jour où nous sommes partis, son fils le plus jeune et moi, vers la caserne. Muette. La mort de mon frère aux mains d’un franc-tireur. Muette. Sa propre mort, muette.

La succession des choses splendides

a.
Mes jours ont commencé sans Père. Dans la simplicité des cendres il y avait la soif, le dégoût des choses ordinaires. Étranglé par tant de bile j’ai su que le temps était une mosaïque de mémoire et de proches parents :
dans la clairière de ce jour-là le silence est beauté qui habite entre mes dents.

b.
J’ai rendu aux naufragés – sépulcre – une relique d’ombres, l’habituel appel rageur du malade. Quelqu’un de reconnaissable sur le lit me fait penser maintenant que l’absence – nœud – est une patrie (origine, feu de joie où déjà le jour se lève, où la place est ouverte, où la paupière blessée ne fait plus mal) :
les mains enlacées, le miracle cesse d’être un artifice.

c.
C’est lui, celui qui donne, qui rétribue les affections. Lui. S’accumulant dans sa foi. Lui, supplantant le bûcher. Il s’abreuve du malheur : c’est un homme assiégé. Un Dieu sans visage (souviens-toi de moi Père, souviens-toi du berceau et de l’enfance, souviens-toi de la flèche et de l’infini), un homme otage de sa mémoire. Son corps est présage – tache – versant traversé par un lacet de sang (souviens-toi Père, les hommes sont ombre, et la foi, guillotine).

d.
Es sei. La lumière vide. La masse délirante, traînée vers l’habitat, vers la terre des pierres plates. L’après-midi – jamais en avril – où un mot (minuscule, intact, seulement trois lettres) établira son règne. Le temps où les noms reviendront / resteront allongés / et où les hommes sortiront à la rencontre des hommes. L’arrivée de la racine, l’heure où les syllabes fleuriront et les pierres retrouveront leur place entre les murs des maisons. Un je, un tu, un nous, un ici, un éclat profond, une patrie. Que cela soit.

e.
J’ai mis des vestiges dans les eaux (seulement visibles pour les aveugles). Dans la phrase écrite il n’y avait pas de mains tendues, rien qu’un temple détruit / parole pétrifiée qui coupait le visage / une poignée de terre emportée par le vent :
C’était la gueule de bois, l’habitude établie du malaise, l’angoisse chevillée au corps. C’était un fait, un tracé aérien entre les buissons (si blessure ou mansuétude / giron ou cimetière) :
C’était mon Père qui souriait. C’était le sang de retour à la maison.

Sur la consolation

Ne jamais traverser le désert, ne pas laisser rouler le dernier brin. Tu disais que derrière ces terres, à proximité de la falaise, il n’y avait que de l’air, du vent et de l’air clamant pour tes parents, tes grands-parents et le frère que tu as perdu. Que l’air est juste, qu’il ne ramène pas les morts mais ne fait que les susurrer, les remémorer.
La mer rejette sur le rivage les restes du rêve, là – d’après ce que tu disais – où l’on regarde les âmes des hommes à travers le cristal du sable. Et dans la mer, dans cette étendue bleue, tu disais que vivait la rencontre entre les familles.
Ce jour-là c’est à peine si tu as murmuré : « Les dunes sont le temps parcouru, la nuit est la denture de la mort et dans cette brise tu trouveras l’oubli, sa consolation d’eau attendue. » Je suis là, j’attends, il n’y a qu’une voûte, des courants noués de chaleur et de profondeur, une sourde haleine marine, le froid de ta mort.

(De Imperio [« Empire »], 2008)

© Philippe Chéron _ 27 décembre 2015

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