Œuvres ouvertes

Journal de Kafka (III, 60) : Je n’invente quelque chose de bon qu’à des moments de soulèvement

troisième cahier, nouvelle traduction


Ce qui est sûr, c’est que tout ce que j’ai inventé à l’avance, même en ayant un bon sentiment, mot pour mot ou ne serait-ce que comme ça en passant mais dans une langue bien formée, apparaît à ma table, quand j’essaie de le coucher par écrit, sec, faux, figé, gênant pour tout mon entourage, fragile, surtout plein de lacunes, quoique que rien de l’invention initiale n’ait été oublié. Cela tient naturellement en grande partie à ce que je n’invente quelque chose de bon qu’à des moments de soulèvement, quand je suis délivré du papier, moments que je crains plus que je ne les désire, même si je les désire également beaucoup, mais alors l’abondance est si grande que je dois renoncer, je prends donc à l’aveugle ce que je peux tirer à pleines mains du courant, de sorte que cette acquisition, quand je veux la mettre tranquillement par écrit, n’est rien en comparaison de l’abondance dans laquelle elle vivait, et qu’elle est incapable de produire cette abondance et est donc mauvaise et gênante parce qu’elle attire en pure perte.



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© Franz Kafka_traduction & appareil critique par Laurent Margantin _ 26 décembre 2015

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