Éditions Œuvres ouvertes

Jean Vilar (15)

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A cause des parpaings on pensait aux murs avant les nôtres, entre ces murs y avait eu des gens comme nous, leurs murs avaient tenu une ou deux générations puis ils s’étaient écroulés ou bien on les avait démolis, en tout cas ces gens et leurs pavillons avaient disparu et tout ce qui restait d’eux c’était les parpaings dans les bois noirs, enfouis dans la terre. On essayait de comprendre toute cette histoire, on pensait qu’ils étaient allés comme nous dans le premier couloir, qu’ils s’étaient poussés à coups de coude en courant tout comme nous, peut-être qu’ils avaient eu les mêmes maîtres que nous qui leur avaient enseigné la même langue à moitié bâtarde, sans doute qu’ils avaient connu le chauffeur qui. Ou bien non tout ça ne tenait pas debout, c’était plus ancien, ça devait être d’autres maîtres et un autre chauffeur alors, et est-ce qu’à l’époque Jean Vilar existait, ça on en savait rien, comment savoir, à Jean Vilar peut-être qu’on pourrait découvrir combien de générations y étaient venues avant nous et alors on comprendrait un peu l’histoire du quartier des Bois noirs, ou bien tout ça avait aucun sens, les parpaings étaient tout ce qui restait de ce passé-là et nous aussi on disparaîtrait sans laisser d’autres traces que les parpaings et du béton dans nos crânes, complètement mort le béton, sans rien à dire à ceux qui viendraient après nous, et puis au fond qu’est-ce qu’ils en auraient à foutre de nous, ceux-là : pas grand chose.




Jean Vilar (16)

© l_m _ 31 décembre 2015

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