Oeuvres Ouvertes

depuis 2000

Kafkaweb, présentation détaillée du projet

...

C’est en 2013 que je me suis lancé dans une nouvelle traduction du Journal de Kafka.
Germaniste de formation (doctorat sur Novalis et le premier romantisme allemand, agrégation), j’avais déjà proposé de nouvelles traductions de récits de Kafka, notamment Un artiste de la faim et A la Colonie pénitentiaire. Je travaille également à une nouvelle version du Terrier. Auparavant, j’ai publié de nombreux articles de recherche dans des revues universitaires ainsi que plusieurs traductions de Novalis et des essais sur ce même auteur.

Après Klossowski premier traducteur d’un Journal intime, c’est Marthe Robert qui a donné aux lecteurs français, en 1954, une version intégrale du Journal de Kafka. Celle-ci est excellente sur un plan littéraire, mais, comme je m’en suis rendu compte, elle présente plusieurs faiblesses :

-  Elle ne respecte pas ce qui est propre à l’écriture de Kafka dans ses cahiers (car ce qu’on appelle « le Journal de Kafka », ce sont en fait douze cahiers écrits entre 1909 et 1922). Le texte original est souvent dépourvu de ponctuation, la syntaxe en est assez libre voire anarchique, et Marthe Robert l’a transposée dans un français classique qui ne rend pas bien la liberté et la vitesse de l’écriture.

-  Certains passages n’y sont pas traduits (ceux par exemple où il est question de la fréquentation des bordels pragois par le jeune Kafka), sans doute parce que l’éditeur allemand du Journal, Max Brod, les avait évacués. On les retrouve dans l’édition critique allemande plus récente chez Fischer, dont je me sers pour ma propre traduction.

-  Les noms de nombreuses personnes évoquées dans le Journal sont remplacés par des initiales parce que celles-ci étaient encore vivantes à l’époque de la première publication. Il est aujourd’hui possible de rétablir ces identités dans une traduction nouvelle du Journal, toujours à l’aide de l’édition critique allemande.

-  De nombreux éléments narratifs ont été extraits des cahiers du Journal par Max Brod et publiés dans Tentation au village.

-  Brod a par ailleurs « réorganisé » tous les textes du Journal selon un ordre chronologique, alors que Kafka tenait parfois plusieurs cahiers en même temps sans indiquer les dates.

On sait d’autre part que, passé un certain temps, une nouvelle traduction d’un texte classique se justifie, la langue destinataire ayant évolué. Une cinquantaine d’années se sont écoulées depuis la première traduction de Marthe Robert.

Mais il y a d’autres raisons qui justifient le projet d’une nouvelle traduction du Journal de Kafka, et qui sont liées aux outils dont nous disposons en ce début de vingt et unième siècle :

-  Sur le web, il est possible de proposer à un lectorat fidèle (plus de 1000 visiteurs par jour sur www.oeuvresouvertes.net ) une publication régulière, en accès libre, au rythme de plusieurs pages par semaine. On retrouve ainsi une temporalité propre à l’écriture du Journal, tout juste à un siècle de distance. On fait également redécouvrir un auteur dont l’œuvre est souvent caricaturée en en proposant une lecture nouvelle, axée sur la question de la littérature comme épreuve existentielle, au cœur d’une histoire personnelle, familiale et sociale.

-  On peut en même temps rendre la spécificité de chaque cahier et mesurer la nature même de l’écriture kafkaïenne où se mêlent expériences biographiques, observations quotidiennes de la vie à Prague, lectures, réflexions et même fragments d’œuvres en cours. Par ailleurs, comme je l’écrivais plus haut, Kafka se servait de plusieurs cahiers en même temps, et il semble plus judicieux de traduire ces cahiers les uns après les autres, sans recréer artificiellement une chronologie qui reste de toute façon en arrière-plan.

-  La nouvelle traduction en ligne que je propose permet, je crois, de redécouvrir l’œuvre dans sa spatialité. C’est Kafka dans sa ville, ce que j’appelle le Prague univers de l’écrivain que je tente de montrer de façon panoramique. Pour ce faire, je me sers des outils propres au numérique et propose une véritable édition critique du Journal. Ainsi, je situe chaque lieu dans la géographie de la ville avec Google Street, je donne des photos du Prague de l’époque, ainsi que des documents de la vie culturelle évoquée par Kafka. Pour les représentations théâtrales, je recours aux journaux numérisés en ligne, comme le Prager Tagblatt que lisait quotidiennement Kafka.

-  Dans le cadre de cette édition critique, je donne à voir tous les personnages du Journal, membres de sa famille, amis et collègues, acteurs et actrices, anciens professeurs, etc. Les commentaires sur chaque page sont enrichis d’une iconographie révélant le milieu familial et social dans lequel vivait et écrivait Kafka. On peut aussi intégrer des vidéos, par exemple d’un théâtre de Prague filmé aujourd’hui, où se situe une scène du Journal en novembre 1911.

- Avec le projet Kafkaweb, il s’agit au fond de resituer le texte du Journal dans un espace-temps qu’il est possible de donner à voir via les outils numériques qui sont les nôtres. C’est cette dimension numérique du projet qui justifie un développement du site permettant d’y créer une vraie page d’accueil du Journal de Kafka au sein du site Œuvres ouvertes, d’améliorer l’ergonomie de lecture, de proposer une lecture en réseau via les mots-clés. On peut consulter ici deux exemples de cet appareil critique en mode numérique :

Journal de Kafka (III,54) : Hier conférence Richepin « La légende de Napoléon » au Rudolphinum

Journal de Kafka (III, 64) : Hier à l’usine

Journal de Kafka (III, 65) : Rêve au théâtre

Commencé en 2013 (deux cahiers traduits par mes soins sur douze sont déjà en ligne), ce travail durera encore quelques années, probablement au rythme de deux cahiers par an, avec comme objectif d’avoir achevé cette nouvelle traduction en 2020.

Si vous avez envie de soutenir ce projet, faites un don !




Première mise en ligne le 8 janvier 2016

© Laurent Margantin _ 8 février 2016

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

  • Lien hypertexte

    (Si votre message se réfère à un article publié sur le Web, ou à une page fournissant plus d’informations, vous pouvez indiquer ci-après le titre de la page et son adresse.)