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Oeuvres Ouvertes : Journal de Kafka (III, 81) : Honnêteté des mauvaises pensées

Oeuvres Ouvertes

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Journal de Kafka (III, 81) : Honnêteté des mauvaises pensées

troisième cahier nouvelle traduction

Honnêteté des mauvaises pensées. Hier soir j’étais dans un état particulièrement pitoyable. Mon estomac était à nouveau dérangé, j’avais écrit avec peine, j’avais dû faire des efforts pour écouter la lecture de Löwy au café (qui était tranquille d’abord et pour lequel nous avons dû avoir des égards, mais qui s’est animé ensuite et ne nous a pas laissés en paix), mon triste avenir immédiat me paraissait ne pas valoir la peine que j’y entre, abandonné, je marchais dans la Ferdinandstrasse. Mais au niveau de la Bergstein, je me remis à penser à mon avenir lointain. Comment pourrais-je le supporter avec ce corps tiré d’un cabinet de débarras ? Dans le Talmud aussi on peut lire : Un homme sans femme n’est pas un être humain. Face à de telles pensées, je n’ai pas eu d’autre recours ce soir-là que de me dire : « C’est maintenant que vous venez, mauvaises pensées, et si vous venez maintenant c’est parce que je suis faible et que j’ai l’estomac dérangé. C’est précisément maintenant que vous voulez être pensées à fond. Vous n’avez en ligne de mire que ce qui vous fait du bien. Honte à vous. Revenez une autre fois, quand je serai plus fort. Ne profitez pas de l’état dans lequel je suis. » Et de fait, sans même attendre d’autres preuves, elles ont reculé, se sont dispersées lentement et ne m’ont plus dérangé au cours de ma promenade qui, naturellement, ne fut pas très heureuse. Manifestement, elles ont oublié que, si elles veulent respecter tous les moments où je me sens mal, elles auront rarement leur tour.




- Kafka se plaignait souvent de maux d’estomac, voir cette scène plutôt comique avec Kubin dans le premier cahier.

- Kafka parle de Vorlesung à propos de Löwy. Le mot signifie certes conférence, mais à l’origine elle est la simple lecture d’un livre écrit par un professeur. Ainsi suivre les cours de philosophie de Kant à Königsberg, c’était l’écouter lire un des manuels destinés à ses étudiants. On peut difficilement s’imaginer Löwy donnant une conférence au Café Savoy ou ailleurs, vu son allemand assez rudimentaire. C’est en lisant la biographie de Stach qu’on comprend de quoi il s’agissait certainement. La plupart des pièces jouées par sa troupe étant publiées en hébreu, et Kafka ne lisant pas l’hébreu (il a commencé à l’apprendre plus tard, on possède même des cahiers dont il s’est servi), Löwy lui faisait découvrir ces textes (certainement Schhite, la pièce de Gordin évoquée juste avant).

- Bergstein, une rue latérale à la Ferdinandstrasse où se trouvait le Café Louvre que fréquentaient Max Bord et Kafka.


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© Franz Kafka_traduction & appareil critique par Laurent Margantin _ 17 janvier 2016

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