Oeuvres Ouvertes

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Journal de Kafka (IV, 11) : Déclin du théâtre juif

quatrième cahier nouvelle traduction


Promenade avec Löwy au château du gouverneur, que j’ai appelé la forteresse de Sion. Les filigranes des portes d’entrée et la couleur du ciel étaient en parfaite harmonie. – Une autre promenade à l’île de Hetz. Histoire de madame Tschissik comment à Berlin on l’a accueillie par pitié dans la troupe, à cette époque une duettiste sans talent portant une robe et un chapeau du folklore franconien. Lecture d’une lettre de Varsovie dans laquelle un jeune juif varsovien se plaint du déclin du théâtre juif et écrit qu’il préfère aller au « Novosti » le théâtre d’opérette polonais plutôt qu’au théâtre juif, car les décors misérables, les obscénités, les couplets « moisis » etc. seraient insupportables. Il suffit de penser à l’effet principal d’une opérette juive, lorsque la primadonna passe à travers le public et marche vers la scène suivie d’un cortège de petits enfants. Tous portent de petites Torah et chantent : toire ist die beste schoire – la Torah est la meilleure des marchandises.





- Hetzinsel (actuelle Ostrov Štvanice) : la plus grande île de Prague sur la Moldau. Lieu de promenade apprécié, avec des parcs et des estaminets.

- Kafka à nouveau avec Löwy à qui il fait découvrir Prague dont il connaissait l’histoire de chaque monument, comme Gustav Janouch le raconte dans ses conversations avec l’écrivain. Löwy lui parle du théâtre yiddish tel qu’il a pu le vivre lui-même en Pologne. En assistant aux représentations de sa troupe, Kafka avait pu se rendre compte des faibles moyens dont elle disposait, comparés à ceux des théâtres d’Europe de l’ouest : décors en effet misérables (une chaise de cuisine pouvait faire office de trône), acteurs parfois remplacés par des figurants qui ne connaissaient pas leur texte, costumes jamais au niveau des scènes historiques représentés. Toutefois, par une phénomène d’identification, les acteurs arrivaient à rendre d’anciennes scènes de l’histoire du peuple juif, et le public était saisi par ce théâtre, chantant avec les acteurs. On trouve d’ailleurs dans le Journal plusieurs scènes où Kafka est lui-même ému par cette culture théâtrale, malgré sa pauvreté et son "déclin". Et c’est justement au contact de ces acteurs juifs itinérants qu’il développe un lien personnel avec une tradition judaïque enfouie.

Le Golem de Prague joué par la troupe du théâtre juif de Vilna, années 20.

Sommaire


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© Franz Kafka_traduction & appareil critique par Laurent Margantin _ 5 février 2016

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