Éditions Œuvres ouvertes

Si quelqu’un est content quand il lit du Dostoïevski, c’est que quelque chose ne va pas

par André Markowicz

Pour Dostoïevski, la littérature ne doit obéir à aucune règle préétablie. Elle n’est plus du domaine de l’esthétique. Avec Dostoïevski, la littérature ne cherche pas la beauté, l’élégance, le bien dit, elle ne cherche pas à faire plaisir et à rassurer. Prolongeant les recherches de Gogol, Dostoïevski utilise tous les registres de la langue, à sa propre façon, il n’obéit à aucun code. La littérature doit secouer, doit bouleverser, doit faire changer le monde lui-même et l’âme du lecteur. Désignant le mensonge du récit, Dostoïevski laisse entrevoir une autre vérité, quelque chose, je ne sais pas, qui est de l’ordre de l’éthique, de la métaphysique ; et la littérature est, réellement, une question de vie ou de mort. Rien n’est écrit pour faire plaisir, — même les nouvelles comiques ; rien n’est écrit pour satisfaire le goût de tel ou tel. Rien n’est jamais fait pour rassurer. Si quelqu’un est content quand il lit du Dostoïevski, c’est que quelque chose ne va pas. C’est, si nous sommes en France, que le traducteur a mal fait son travail. Non, Dostoïevski, il doit vous épuiser.
J’avais parlé de « maladresse » de son style. C’était une bêtise, qui a été, comme d’habitude, reprise par tout le monde. C’est tout sauf une maladresse, c’est juste que Dostoïevski répète ce qu’il veut répéter, c’est juste qu’il construit les phrases comme il veut les construire, et souvent en dépit du bon sens — parce que, dans le monde, c’est le « bon sens », celui de la routine, qui est la mort avant la mort. Dostoïevski, d’abord et avant tout, parle de la vie « vivante », — la vie, dans sa puissance nue, qui ne demande rien à personne.
Et ce n’est pas vrai que Dostoïevski écrit à toute vitesse. Il porte ses œuvres pendant des années avant de se mettre à rédiger, ou à dicter, parce que, oui, là, quand il dicte, il va vite, — et tout doit être fait pour que le lecteur sente que ça va vite, qu’il n’y a pas une seconde à perdre. Mais, avant, — avant, oui, des années et des années durant, il roule dans sa tête, de carnet en carnet, ce qu’il appelle « le poème ».

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© André Markowicz _ 23 février 2016

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