Oeuvres Ouvertes

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Jean Vilar (24)

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Mais toi l’inconnu tu t’en foutais des regards des vieux qu’habitaient dans les pavillons morts anciens, tu t’en foutais de tous les couloirs qu’ils avaient pu parcourir, tu marchais tout droit sans regarder ni à droite ni à gauche, t’allais vers la sortie des Bois noirs tu traversais la route en face de la boulangerie et tu disparaissais dans les fourrés. On aurait voulu te suivre ou plutôt non, on te regardait juste disparaître en sachant qu’on pouvait pas te suivre et surtout qu’on avait aucune envie de te suivre en vérité, juste qu’on se demandait où t’allais, ou plutôt non on savait où t’allais, on savait très bien que t’allais vers un des campements dans la zone de l’autre côté des prochains bois noirs, pas les nôtres de bois noirs non d’autres qui faisaient plus partie des Bois noirs, des bois noirs de la zone où y avait des campements. Pourquoi t’allais par là, ça c’était la question qui nous occupait. Comment toi qui montais avec nous chaque matin dans le bus pour Jean Vilar tu pouvais en même temps aller à pied vers les campements alors que dans ces campements aucun des manouches irait jamais à Jean Vilar. Aucun ? tu disais alors Tête chauve surpris. Oui, aucun, Tête chauve, aucun manouche des campements irait jamais à Jean Vilar, Jean Vilar avait jamais accueilli un manouche et Jean Vilar accueillerait jamais un manouche. Et comment tu peux savoir ça ? tu me disais Tête chauve. Parce que tout le monde sait ça, Tête chauve, les maîtres d’avant nous l’avaient toujours dit et répété souviens-toi : un manouche irait jamais à Jean Vilar, Jean Vilar avait jamais accueilli un manouche et Jean Vilar accueillerait jamais un manouche, c’était comme ça et ça changerait jamais, tu comprends ? Mais, hé, Tête chauve, c’est pas de ça qu’on parlait, mais de toi l’inconnu qui marchais tout droit vers la sortie des Bois noirs sans t’occuper des regards des vieux qu’habitaient dans les pavillons morts anciens, de toi l’inconnu qui traversais la route en face de la boulangerie et qui disparaissais dans les fourrés, mélange pas tout Tête chauve s’il te plaît sinon on arrivera jamais à Jean Vilar.

© l_m _ 15 mars 2016

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