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Journal de Kafka (IV, 30) : L’une des piles de l’arche qui s’élève du pont Elisabeth

quatrième cahier nouvelle traduction


Promenade avec Löwy en bas au bord du fleuve. L’une des piles de l’arche qui s’élève du pont Elisabeth, éclairée de l’intérieur par une lampe électr. , masse sombre au milieu de flots de lumière coulant de chaque côté qui avait l’air d’une cheminée d’usine, et au-dessus le coin d’ombre sombre qui se déployait vers le ciel était comme de la fumée qui monte. Les surfaces de lumière vertes nettement délimitées sur le côté du pont.




- "Le pont Elisabeth" : relie la rue Elisabeth au Belvédère, son nom officiel est "Kaiser Franz Josef-Kettenbücke". Très belle page Wikipedia où j’apprends que le pont est composé de pylônes en fonte et de chaînes en acier, et qu’il a été bâti entre 1865 et 1868. Je reprends ici la photo qui m’a permis de visualiser le pont tel qu’a pu le voir Kafka, tout en songeant à ce texte qu’il écrira quelques années plus tard et que j’ai traduit.

- Kafka évoque des jeux de lumière électrique, on peut donc penser qu’il se promène de nuit avec son ami Löwy. Il utilise à deux reprises l’adjectif dunkel (sombre), et la deuxième fois joint à "un coin d’ombre", ce que Marthe Robert a supprimé dans sa première traduction du Journal. Si je ne supprime pas ce qui peut sembler d’abord maladroit, c’est que 1) je suis traducteur, pas correcteur, et 2) Kafka aime décrire ces paysages urbains produits par la lumière électrique, lui qui a vu son apparition dans l’éclairage public. Il y a plusieurs scènes du Journal où sont évoqués des jeux de lumière et de couleur dont la nouveauté a dû fasciner l’enfant et l’adolescent Kafka. Cela se ressent dans l’écriture d’Amérique, où Karl Rossmann, dès le deuxième chapitre, se perd dans une maison immense et obscure, à la recherche d’un éclairage et d’une lumière propre à la modernité. On peut lire notamment, dans le premier cahier, cette page où il est question des lumières et ombres projetées sur les murs et au plafond par la lumière électrique dans la rue et aussi ce trajet en tramway dans la banlieue de Prague. Kafka était également fasciné par Thomas Edison, fondateur en 1879 de la Edison Electric Light Company.

On peut donc voir dans cette redondance ombre/sombre autre chose qu’une maladresse : à l’âge de l’électricité, il existe bel et bien des ombres plus ou moins claires, plus ou moins sombres, et les couleurs qu’elles produisent sont celles d’un monde nouveau, qui s’éloigne de la théorie des couleurs de Goethe qu’admirait tant Kafka. Ce qu’il expérimente ici comme ailleurs, c’est une écriture nouvelle qui rendrait compte de ce réel moderne où nos représentations sont dorénavant commandées par les réseaux électriques.

Sommaire



On peut soutenir le projet Kafkaweb (première édition critique en ligne du Journal de Kafka) en achetant cette série de cartes postales qui sortent de l’impression, présentation vidéo :

© Franz Kafka_traduction & appareil critique par Laurent Margantin _ 24 mars 2016

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