Œuvres ouvertes

Journal de Kafka (IV, 43) : J’attends comme un bœuf

quatrième cahier nouvelle traduction


Je ne suis pas ponctuel parce que je ne ressens pas les souffrances de l’attente. J’attends comme un bœuf. Si je sens en effet un but dans mon existence momentanée, même s’il est très incertain, je suis si vaniteux dans ma faiblesse que je supporte tout volontiers à cause de ce but que je me suis posé. Si j’étais amoureux, tout ce dont je serais capable. Combien de temps ai-je attendu il y a des années que passe M. sous les arcades du Ring, même si elle passait en compagnie de son amoureux. J’ai laissé passer l’heure de rendez-vous en partie par négligence, en partie par ignorance des souffrances de l’attente, mais en partie aussi pour parvenir à de nouveaux buts compliqués à travers une nouvelle recherche incertaine des personnes avec qui j’avais rendez-vous, et donc aussi pour parvenir à la possibilité d’une attente longue et incertaine. Du fait qu’enfant déjà j’avais une grande peur nerveuse de l’attente, on pourrait conclure que j’étais destiné à quelque chose de meilleur, mais que je pressentais quel serait mon avenir.


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© Franz Kafka_traduction & appareil critique par Laurent Margantin _ 18 mai 2016