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Oeuvres Ouvertes : Houssam, exilé du Soudan

Oeuvres Ouvertes

depuis 2000

Houssam, exilé du Soudan

...

Quand tu arrives en France,
tu as des illusions. –
Tu te dis que tu es arrivé
au pays des droits de l’homme. –
Tu as des rêves pleins la tête. –
Tu te dis qu’enfin tu es arrivé. –
Et que tu as laissé
tous les problèmes derrière toi. –
La dernière chose
que m’ait dite mon père,
c’est : va en France. –
Mon premier rêve,
c’était de trouver une tente
sous le pont du métro aérien de la Chapelle. –
Ou à Gare d’Austerlitz. –
J’avais besoin de n’importe quoi
qui me protège du froid, de la pluie,
qui me permette de dormir. –
Les jours préférés qu’on avait,
c’était le week-end. –
Parce que les gens viennent aider
ou nous apporter des choses. –
Quand tu es dans la rue, tu attends. –
On te dit que si tu attends,
Tu vas avoir un hébergement. –
Un jour, on vient t’évacuer. –
Pour chaque migrant,
il y a quatre policiers. –
Armés, casqués, gantés. –
Il y a des gens qui sont emmenés
au foyer, d’autres à l’hôtel,
d’autres au commissariat,
d’autres au 115. –
C’est toi et ta chance. –
Au 115, tu es fatigué, tu es épuisé,
et tu penses à une seule chose :
est-ce qu’on ne va pas te détrousser
pendant que tu dors ? –
Moi, j’ai connu aussi
un autre foyer à Ivry-sur-Seine. –
On ne m’a pas dit « bienvenu ». –
Pendant deux heures, on m’a dit
« ne fais pas », « c’est interdit »,
« c’est pas autorisé », « c’est pas possible ». –
Le directeur de ce centre
te fait clairement sentir
que tu n’es pas le bienvenu ici. –
Et même que tu es en prison. –
Tu as le droit à de l’argent. –
250-350 euros par mois. –
Là encore, c’est toi et ta chance. –
Tu as 100% de chances
de recevoir ton argent. –
Et 100% de chances
de ne pas le recevoir. –
Encore une fois,
c’est toi et ta chance. –
Je ne suis pas venu pour mendier. –
C’est très douloureux pour moi
de demander de l’argent. –
Ou quoi que ce soit pour manger. –
On ne donne pas de tickets de métro,
je dois frauder, je n’ai pas le choix. –
On est forcés d’agir ainsi. –
On héberge cent personnes. –
Et cinquante personnes
retournent sous le pont. –
Pourquoi ? –
Nous pensons tout le temps à l’OFPRA. –
L’OFPRA, c’est aussi toi et ta chance.
On espère que l’officier de sécurité
sera accompagné d’un traducteur. –
Que ce traducteur maîtrisera ta langue. –
Comment suis-je arrivé ici ? –
Quand un migrant
arrive jusqu’en Egypte,
il n’a plus d’argent. –
Il a besoin d’argent
pour continuer son voyage. –
On lui dit généralement :
vends une partie de tes organes. –
Et après, il faut arriver jusqu’ici. –
Et si après tout cela
on ne veut pas nous donner de papiers,
qu’on nous laisse mourir dans l’eau. –
Plutôt que de souffrir dans l’attente. –


Mise en ligne le 14 septembre 2016

La guerre et l’exil_sommaire

© Laurent Margantin _ 1er novembre 2016

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